Journal I – Le 25 Août 2017

Lancement du journal

Le labo évolutionnaire est un espace relatif à notre travail personnel – Rachel et moi, au quotidien, un journal d’élaboration d’idées, de pratiques, d’applications et de recherches que nous mettons en ligne à la fois pour archiver et pour témoigner de notre expérience évolutionnaire au quotidien,  « en réel ».

Nous ne voulons pas que notre expérience ne soit restituée que  sous le mode de la « représentation textuelle théorique » déconnectée de la vie pratique ou sous forme de « show ponctuel » où le charisme et la séduction biaise l’expérience.

Il s’agit pour nous de travailler dans la râpe du quotidien et de transformer ce dernier en profondeur.

Ce qui veut dire aussi  : nous changer en profondeur dans notre rapport à nous-même, à l’autre, au social, à la réalité. 

On trouvera dans cet espace – à la fois atelier et forge – des textes, des notes, des esquisses rédactionnelles, des mp3 et podcasts, des archives diverses, notes de lecture, des photos de tous ordres. Je déposerai également les rushs vidéos inutilisés sur la chaîne youtube.

Il va se développer en concomitance avec les productions et publications plus ouvertes.

Ce mode de partage est aussi pour nous une application de l’axiome célèbre de Sri Aurobindo « La vie toute entière est un yoga ».

 

Journal I – Le 26 Août 2017

Citation du jour – Sri Aurobindo. Savitri 1.4.55
« Dieu va croître dans la matière
…Et les hommes sages parlent et dorment… »

Commentaire.
Par hommes sages Sri Aurobindo n’entendait pas par là les politiciens, les philosophes ou les intellectuels, mais bien « les sages »…
C’est à dire tous les « spirituels » d’aujourd’hui qui perpétuent la narco-attraction vers un au-delà de la conscience situé dans les beaux alpages intérieurs vers l’éveil intérieur et les états de conscience modifiés par la méditation : ceux qui nous tiennent de beaux discours d’amour et de félicité… Et de bonheur.

Dans son oeuvre et son action Sri Aurobindo nous parle d’un éveil de la conscience dans la matière et dans l’espèce comme un nouvel état collectif de la réalité, du corps, de la conscience et de la mort. Cet assomption progressive a lieu dans la forge du réel et pas dans la chambre de méditation. Dans les fablabs et les camps de réfugiés, dans l’angoisse qui resserre son noeud à notre cou et en chacun de nous –  et non dans les temples embaumés de bonnes intentions.

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Après une semaine éprouvante je retrouve la santé de mon genoux. Et retrouve le plaisir de m’endormir et de marcher sans douleur. De remonter les escaliers deux par deux et de faire de bonnes foulées. Le genoux : un miracle d’ergonomie fonctionnelle dont on ne réalise la portée que lorsqu’il va mal…

Soins avec huile essentielle de menthe, repos du genoux, nuits blanches intéressantes, douleurs supportées sans analgésiques.

Dans l’approche évolutionnaire on fait feu de tous bois ! C’est donc l’occasion de s’intéresser aux articulations, en particulier aux genoux. Il est à lui seul une illustration  des correspondances qui lient le corps aux métaphores du vivant*.

L’incroyable noeud de ligaments par lesquels s’éprouvent les opposés complémentaires du rigide, du liquide et des tissus extensibles est une merveille philosophique. Leur alliance nous permet de marcher et donc de penser. Le fin agencement en double coussinets des ménisques est un coup de génie  d’ingénierie biologique.

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Excellent jus matinal de carottes/pommes croquantes pommées de fructose /graines de souchet au goût lacté.
Et plus tard thé à la menthe du jardin.
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J’avance dans le rassemblement des textes. Enorme éparpillement et revue d’anciens textes de l’époque Savitri, puis ré-organisation de ces diverses productions dans l’application Evernote.

Exercices avec mouvements, vélo et cloche kettel. Souffle, conscience.

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Succulent plat de spaghettis crus  de courge avec évidemment sauces tomate crue et sauce verte persil/basilique ! Le tout issu de notre jardin.

Ici Rachel dans le petit jardin. Rachel dont la démarche allie étude de l’histoire de l’alimentation, art culinaire, jardinage, diététique, plasticité physique, sensibilité artistique, réceptivité cellulaire et…management d’une entreprise bio ! …

J’apprécie sa façon admirable de concilier l’intelligence, la culture historique, l’anthropologie de l’alimentation avec la pratique cohérente de vie évolutionnaire et la créativité culinaire. Et de ne pas être arc-boutée sur des convictions radicales qui excluent, distinguent, mettent en cause les autres. J’ai toujours apprécié chez elle cette intelligence d’ouverture qui tout en gardant sa cohérence évolutive et plastique, reste dans l’ouverture, le partage et l’empathie au monde et aux autres.

Et puis Rachel c’est une positivité et un amour intense en action, une force vive de sensibilité et d’intelligence évolutive toujours en éveil, une dragonne que j’ai reconnu si fort lorsque nous méditions ensemble dans le terrain de Jeux, face au siège de Mère, à l’ashram de Pondichéry.

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Tour du lac de Miquelou avec exercices Swaram. Nous continuons à mettre au point les détails de chaque mouvement.

Et puis marche, marche, marche… rythme, respiration, inspiration, nous sommes des buvards de vert, nous avalons des goulées d’arbres, de fougères, de prêles. Nous contemplons les tortues qui nagent et les ragondins qui lissent l’eau de leurs museaux en pointe.

Dépasser le paradoxe entre inspiration et méthode rigoureuse, trouver une manière de lier spontaneité et précision des propos. Trouver le lieu de parole qui coule de source et s’exprime par des cristaux de sens structurés. Accorder le mouvement et l’esprit, laisser éclore le corps-conscience. 

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En ce moment période dans la compagnonnage de Thomas D’Aquin. Une éminence s’il en est. Une plongée dans la scolastique médiévale, dans une époque contemporaine à Frédéric II, des grandes traductions provenant de Tolède. Nombreuses vidéos de bénédictins sur Youtube… En fait je suis plongé en ces temps pour le roman forcément évolutionnaire : Jib Jib, le templier noir – dont les aventures se situent à cette époque. J’ai vraiment le sentiment de porter des bouts de mémoires de ces temps là. C’est émouvant !

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Journal I – Le 28 Août 2017

Dimanche : jour solaire. Le dimanche est le jour de Surya, notre Roi-Soleil, le jour panthéiste de notre âme en laquelle se mire la nature en ses symboles et ses panaches. 

Hommage aux montagnes ariégeoises, évocations taoistes à la vue de ces découpes et ces échancrures du ciel. Verdoyance, immersion dans le vert dru du piémont pyrénéen. Nous naviguons en voiture avec Rachel dans ce point d’univers en épelant nos inspirations évolutionnaires parmi ces lacis de montagnes.  Où se devine encore la peine des gens de jadis.

Lundi : reliance à notre phylum d’humanité.
J’évoque mes parents. Le Saint-Etienne des années 1957-58. La rue Tarentaize. Ils sont vivants en moi. En me plongeant dans les eaux de ma mémoire ils brillent au fond des eaux comme des étoiles paisibles.

Juana Lopez Coronel. Juana, ma mère inconnue mais dont le bébé que j’ai été a engrammé la mémoire et l’odeur. Je rends hommage à ta bonté, à ta naïveté, à ta jeunesse vidée de son sang les yeux ouverts dans une sordide clinique. Ton bébé a grandi et c’est moi désormais qui te porte en moi pour l’éternité.

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Citation de Sri Aurobindo : Savitri, 1.2.17

Seule avec la mort et proche de l’extinction
Laissée à son unique grandeur en cette dernière terrible scène
Elle devra traverser seule un périlleux pont du Temps
Et toucher un paroxysme du sort du monde
Où tout est gagné pour l’homme, ou perdu.

Commentaire. 
Une scène frappante de l’anthropocène.
Celle, en qui tout repose, c’est bien l’humanité.
Savitri doit être lu comme l’épopée de l’aventure de notre espèce. Une aventure dont la continuité s’écrit à travers nous tous à chaque instant. L’expérience de Sri Aurobindo et de Mère est devenue terrestre. Le Surmental* et ses simulacres se déploient dans l’avènement des hypermondes : celui des réalités augmentées et immersives. Mais ces hypermondes  portent également les nouvelles configurations de nos plasticités cognitives. Ou se trouvera alors la frontière du Réel et du Simulacre ? A quel point imprévu de leur entrelacement surgira la Possibilité vraie ? 

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Jus carottes, pommes et graines de souchet. Du concentré de minéraux carotté dans la terre. De la chair de soleil et du concentré de rosée ; des grains de lait dégorgeant de miel. Le tout mixé devient une eau source de vie. 

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Retrouvailles avec nos amis espérantistes de la Maraude : Evelyne et Jean-Pierre. Un bonheur de retrouver de si belles personnes qui sans religion ni spiritualité transcendantale autre que le sens bienveillant de l’humain et une belle culture personnelle – oeuvrent pour le bien commun. Et cela au quotidien, tant à travers le magnifique lieu communautaire LA MARAUDE qui accueillent des enfants en difficulté à la montagne qu’à travers la promotion de l’espéranto. Je leur trouve sans conteste un dimension évangélique « naturelle ».

Intenses échanges avec eux. Je reprends l’étude de l’espéranto.
remise en route de mes blogs de langues (voir les liens).

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Nos deux heures de voiture avec Rachel ont été consacré à la définition de l’évolutionnaire. Trouver l’inspiration, la respiration, les mots, préciser, repréciser, affûter, ciseler, transformer les mots, opérer la coagulation du sens et rebondir de mots clés en mots clés jusqu’à ressentir le flux, la coulée naturelle. Puis reprendre encore à zéro, partager les mots, identifier les grains de sens, les tamiser et les recueillir. En saupoudrer nos regards : la route se déroule alors devant nous comme une métaphore merveilleuse de la Voie des voies. La levée du pain du monde et le travail des levures de sens.

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Superbe intervention de Michel Serres à la librairie Mollat,  suivie la nuit dernière sur Youtube. Si proche de l’évolutionnaire. Je me réjouis de son ouverture au Grand Récit. Son entrée dans le grand âge l’ouvre manifestement à une autre dimension du quotidien et de l’histoire : celle de l’univers et de notre espèce. Ses formulations sont un régal :  poétiques, empathiques, enthousiastes, toujours de bon sens et corrélées de faits et de données concrètes et intelligibles.

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Je continue jusqu’à des heures tardives de préparer les textes et les futurs vidéos et podcasts évolutionnaires.  Inspirer avec tout son corps, tous ses pores, tout son esprit, tout son coeur. Ouvrir le flux des mots irrigués de sens, sauter par-dessus les mots de mort, les barrages, les congestions. Ne pas faire pour faire, ni pour briller, ni pour se mirer, mais pour grandir, grandir en souffle, grandir en partage, pulser la Vivance encore plus loin.

Journal I – Le 29 Août 2017

Citation de Mère, Agenda, vol.II
« Nous ne voulons pas obéir aux ordres de la Nature, même si ces ordres ont derrière eux des milliards d’années d’habitudes ».

Commentaire.
J’aime particulièrement cette citation de Mère. Elle est probablement une des plus révolutionnaires. Et ce n’est pas une formule creuse : on sait à quel point toute sa vie elle a dû lutter contre les préjugés matérialistes et spiritualistes de son temps,  contre les limites bornées de ses contemporains. Et surtout  contre la croyance si commune en la nécessité de la Mort.

Je trouve intéressant de confronter cette formule au fétichisme de la Nature qu’idéalisent tous les spiritualistes d’aujourd’hui.

Mère rappelle que la Nature n’est pas un modèle, mais la matrice de notre possibilité. Les principes de la réincarnation cyclique ou de la résurrection confortent l’idée que la mort est un processus naturel. Il ne viendrait pas à l’esprit  qu’elle ne puisse être qu’une commodité provisoire dont notre espèce aurait la capacité de s’émanciper.

Selon Sri Aurobindo l’immortalité matérielle supramentale est même consubstantielle au projet de notre espèce.

Il est intéressant d’être attentif aux récentes affirmations de Google dont le projet s’affirme comme une volonté de mettre fin à la mort :  la mort de la mort.

On peut contester le propos mais il reste qu’il est frappant. Et je ne doute pas que Mère aurait été interpellée. Car le mérite de cette affirmation perfore l’imaginaire  contemporain de la Mort. En ce sens c’est évolutionnaire. Elle ouvre à notre cerveau collectif la Possibilité de dépasser cette limite biologique.

Et l’on sait que ce type d’intentionnalité, quand elle est portée par des milliards de rêveurs et d’activistes acharnés n’a pas de limite.

Le rêve de voler en est un exemple imparable : il était  tout à fait inconcevable et source de ricanements il y seulement deux siècles…

Certains diront que Google et Kurzweil prennent la question dans une perspective matérielle et transhumaniste.

Mais c’est justement l’intérêt de leur approche : pas de préjugés mais de la créativité collaborative et de l’intelligence en action. Qui sait par où adviendra la Possibilité mutagène ?

Le projet transhumaniste n’est peut-être que le cheval de Troie qu’utilise la nature pour fouetter nos imaginaires et élargir nos horizons à l’infini. Et si c’était le cas ?  Les méditants et les spiritualistes tatillons, très attachés à leurs vertus et leurs états spirituels intérieurs n’ont rien changé à la réalité.

Je fais plus facilement confiance au makers décontractés, amoraux, créatifs et collaboratifs qu’aux tenants des spiritualismes de la Nature dont Mère évoquait « la plaisanterie macabre » tant elle devait affronter sa résistance féroce aux changements.

J’aime l’idée d’une maïeutique évolutionnaire*  qui zappe les préjugés, les procédures, les conformismes spiritualistes, qui utilisent les circuits créatifs et buissonniers pour faire advenir des possibilités inattendues. Elle accélère la transformation de nos imaginaires, booste nos moteurs visionnaires et nous ouvre par ce biais à la plasticité de l’infini. 

Cette vidéo illustre de manière intéressante cette la maïeutique : elle change notre idée de la mort, repousse les pulsions mortifères de l’impossible qui sont profondément enracinées dans nos inconscients personnels et collectifs.  Elle ouvre à tous ceux qui la regarde – et ils sont nombreux – la possibilité de penser et vivre la mort autrement. Elle déboussole la sinistre idole de son millénaire et inamovible statut

Aujourd’hui est le jour de Mars. Et son énergie de clarification et d’action.

Connexions multiples tout au long des vallons du Tarn, constellés de tournesol qui bordent d’or les routes sinueuses qui me conduisent à Gaillac.

Bouquets de liens et ricochets synaptiques.
Respiration verte en laissant nuager mon âme dans les prés parmi les vaches allanguies.

J’ai en tête une frénésie d’inspirations pour Auroville.

Au menu d’aujourd’hui
– Jus de carottes/orange/gingembre
– Thé à la menthe
– Salade verte/tomates avec plein de levures et germes de blé.
– Galettes de céréales germées aux pois chiche et une autre au chocolat, issus des essais culinaires de Rachel.
– Le soir une orange.

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Et des glaciers striés de grâce, et des tornades de beauté déversée en rage pluvieuse aux Etats-Unis
Et la plongée en méditerranée dans les embarcations de migrants parmi les enfants qui crient. Et la nausée que l’on vomit.
Et tant de rires opalescents comme des feux d’artifices dans la nuit de nos âmes – qui finiront arrachés à la vie et défigurés par la mort.
Et les bombes et les membres arrachés et la stupeur dans la fumée poisseuse.
Tout cela me vrille et le jour et la nuit.
Mais un chose me rassure : 
Si  les oeillets d’Inde du jardin n’ont jamais été si beaux.
C’est que l’éternité n’a pas dit son dernier mot !

Journal I – Mercredi 30 Août 2017

Le phrasé de Sri Aurobindo est d’une amplitude unique. Et la chute de ce paragraphe, cette fabuleuse dernière phrase : The earliest formula of Wisdom promises to be its last, – God, Light, Freedom, Immortality est sublime. Elle me trotte en tête et dans le coeur depuis mon adolescence où je l’ai lu dans la version française de Jean Herbert.

Le propos est tendu comme un arc : il ouvre la symphonie cosmique du premier chapitre du premier volume du joyau philosophique de Sri Aurobindo :  The Life Divine*. Une des oeuvres magistrales que surplombe seulel’épopée de Savitri*. 

La vie Divine reste pour moi un océan d’intelligence et de beauté, une partition conceptuelle magistrale qui m’évoque Bach par ses harmoniques et l’art des cathédrales par son amplitude cognitive.  J’y plonge et replonge régulièrement, y rapportant chaque fois des étoiles de mer indicibles.  

C’est cet ouvrage qui m’a donné très jeune le goût de la philosophie.

J’avais 16 ans alors et pour le lire et le comprendre j’ai du me jeter dans les dictionnaires philosophiques dont il me reste en tête celui de Lalande. Je me souviens avoir lu avec avidité l’histoire de la philosophie d’Emile Bréhier. C’était fort téméraire de ma part je le reconnais. Ceci dit ce ne fut pas une passion superficielle et provisoire, bien au contraire. Cet engouement s’est alimenté d’intérêt à mesure que je lisais et approfondissais mes connaissances. Bergson, Plotin, Platon…entraient dans ma vie tandis que je plongeais en apné dans la Vie Divine.

Parallèlement, pour muscler mon entendement et mon champ de références j’étudiais la philosophie hindoue avec les indianistes de l’époque : Alain Daniélou, Jean Filiozat, M. Biardeau, Jean Varenne… et tant d’autres.

Dans le même temps Jean Herbert publiait la correspondance de Sri Aurobindo. J’utilisais ces volumes pour guider mes études en suivant les recommandations du Maître à ses disciples : lire les grandes oeuvres universelles (Shakespeare, Dante, Homère, Cervantes.. mais aussi la Bible, les textes sacrés, de l’humanité, sans oublier le Ramayana et le Mahabharata, les Upanishads et les Puranas), étudier l’histoire à travers les grandes biographies, l’histoire de l’art, la littérature universelle…

Sri Aurobindo écrivit des milliers de lettres pour accompagner ses disciples dans leurs études littéraires et poétiques en guidant avec attention leurs lectures et leurs travaux intellectuels. Comme pour la spiritualité classique, il fallait avoir fait le tour de la culture la plus universelle pour se permettre d’aller plus loin.

Comme on le voit Sri Aurobindo était très loin de ce qu’on entend habituellement par « Maître spirituel hindou ». Il ne le fut pas seulement à cause de son intérêt pour le patrimoine de la culture universelle, mais sur tous les plans.

J’ai découvert les Maîtres spirituels indiens successivement par la suite dans le sillage d’Arnaud Desjardin, par les lectures, puis dans les ashrams durant un long voyage en Inde.

J’ai compris en séjournant alternativement chez Ramana Maharshi, à l’Ashram de Sri Aurobindo et Auroville que deux univers différents se faisaient face : celui de la spiritualité indienne traditionnelle, ascétique, ritualiste, qui cherche la Mukta, l’éveil, la libération par la méditation afin de s’extraire du joug de Maya
(les termes joug et yoga ont la même racine). Et celui d’une vision de transformation radicale de la réalité dont la Mère donna la double forme de l’expérience évolutionnaire de l’Agenda et de la création d’Auroville.

C’était bien deux mondes : devenir un Jivan Mukta, un libéré vivant, une âme non conditionnée qui transmet son expérience de félicité aux disciples comme on le voit encore un peu partout ou opérer le forage dans la conscience cellulaire universelle et incarner dans la réalité physique une expérimentation anticipative concrète : Auroville.

J’appelle les tenants de cette tradition de la libération comme finalité dernière les divergents*. J’en parlerai ailleurs car j’ai étudié la question, piqué à la fois par la curiosité mais aussi, il faut l’avouer en tant que… pratiquant !

J’ai en effet pratiqué tout au long de 35 années diverses formes de méditation  : j’ai connu des gourous, des tas de groupes, de sectes, de partisans sous des expressions multiformes… Et je les ai pratiqué : de la méditation transcendantale, à la Dhyana de Sivananda Saraswati, au Japa de Ramdas à la méditation dévotionnelle de Ma Ananda Moyi et Amma, sans oublier celles d’Osho, et les formes si proches promues par le soufisme (oraisons diverses, wird, tasbih…).

Elles ont toutes un point commun qui se sont révélées pour moi avec le temps  : ce sont les pratiques issues de la longue tradition d’usages des opiacées et autres plantes auxiliaires* qui furent d’usages fréquent par nos humanités premières, dans l’antiquité, au Moyen-âge, et jusqu’au XXème siècle dans tous les continents  !

Enfin un petit hommage à Georges Van Vekhrem, qui fut un excellent orateur et communicateur avec ce site qui lui est consacré. Nous l’avons rencontré à plusieurs reprises à Auroville pour de longs échanges amicaux. Ce flamant a écrit plusieurs robustes ouvrages, notamment une remarquable biographie de Mère et  « Au-delà de l’espèce humaine », lesquels sont indispensables pour compléter ceux de Satprem.

Ces dernières conférences à Auroville disponibles en ligne sont remarquables.
Il partageait notre avis selon lequel la connaissance générale de l’histoire, la lecture complète des ouvrages de fond de Sri Aurobindo (la vie divine, la synthèse des yogas, l’unité humaine, etc) sont indispensables. Il faisait la différence entre l’intellect clair, viveka, et le mental. Et ne cautionnait pas leur confusion générale chez beaucoup d’aurovilliens.

Journal I – Le 1er Septembre 2017

Dans l’agenda évolutionnaire vendredi est le jour de Vénus. Amour, Poésie, Arts… sont à l’ordre du jour.

Nos étranges manière de travailler ! Inclure le mouvement ! Avec Rachel nous préparons notre agenda des semaines à venir ! Mouver, bouger le corps et l’esprit, les garder agiles et synchrones ! Ils sont le lieu des noces de la terre et du ciel.

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J’ai eu en 1994 quelques échanges épistolaires avec le poète Jean Mambrino.
Un joaillier des mots-fleurs.
Je le lisais en vivant au Niger dans un camp Touareg en 1989.
J’ai ruminé ses poèmes en montant des dromadaires.
J’ai incorporé les lumières de ces mots.
Je le lui avais écris mon admiration depuis le Burkina Faso, cela l’avait ému.
Ma lettre figure dans une de ses anthologies je crois.
A mon retour en France nous eu de beaux échanges.
Voici un de ses poèmes. C’est sublime.

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Pierre Lévy, une histoire et une personne remarquable dont je suis le travail depuis 20 ans. Je me souviens de lui citant Sri Aurobindo, et annonçant l’irruption du numérique et la transformation générale du monde qui adviendrait. Il fut un des premiers à faire le lien entre noosphère teillardienne, l’évolution de la conscience qu’induirait la convergence cognitive – et l’émergence accélérée de l’intelligence collective par le web. Depuis toutes ces années il a travaillé en mode conceptuel/opératoire sur la construction d’un métalangage universel susceptible d’accompagner et d’accélérer l’intelligence collective…Et l’évolution de la conscience.

Cette interview donne idée de l’ampleur de ses travaux. Elle est réalisé récemment par un veilleur, Gabriel Plassat que je « suis » sur twitter .

D’aucuns diront que c’est une histoire d’hyper-mental…! Mais j’ai la faiblesse de croire que l’Esprit n’a pas d’autres voies que toutes les voies possibles simultanément. Et pour moi Pierre Levy ouvre une piste majeure et s’inscrit parmi les pionniers de la nouvelle conscience.

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Encore et toujours poursuivre le tissage de la même trame.
Jusqu’à ce que surgisse le motif.
Ruer de vagues en vagues contre la falaise de nos peurs.
Tenter tout encore et encore pour atteindre le ressort caché.
Forer dans le trou noir des inerties.
Jusqu’à ce que s’ouvre la Brêche.
Tiens bon petit !

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Le composeur Amper utilise l’intelligence artificielle pour nous ouvrir des horizons de créativités musicales exceptionnels. Ce n’est qu’un début, mais l’IE pourra « interfacer » notre esprit et co-produire les musiques qui sauront le mieux accompagner nos activités !

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Journal I – Le 12 Septembre 2017

D’abord une intensification de conscience.

Marcher autour du lac, travailler, voyager, dormir, faire la vaisselle, préparer du jus le matin, faire des exercices, deviennent de plus en plus denses. Énergétiques. Conscients. Reliés. Jamais notre créativité n’a été aussi foisonnante. Jamais notre situation financière n’a été aussi précaire paradoxalement.

Ces jours-ci nous avons fais des vidéos.

Aujourd’hui mise en ligne d’une première vidéo sur Auroville. Et création de la chaîne Youtube du Mouvement Evolutionnaire.

En fait il y aura 5 vidéos au total. Celle-ci introduit de manière général, ensuite viendront :

2 -​ ​La mutation du ​réel – Sortir de l’indicible et des balbutiements du soit-disant non-mental pour revigorer les mots avec le feu du Grand Sens et faire, au service d’Auroville et de l’expérience évolutive, récit jubilatoire du monde qui vient.

3 – Le post-​spirituel – En quoi le spirituel et les états spirituels sont des expressions réchauffées et combien il est urgent de sauter le pas vers une autre appréhension infiniment plus riche du Réel qui vient.

4 – ​La matière consciente – Dire pourquoi et comment la pâte lève partout dans les cellules et ouvre milles yeux par tous les corps du monde et pourquoi adviennent tant de turbulences dans le corps- conscience de ta terre.

5 – ​Auroville, épicentre évolutionnaire terrestre. Que la cité redevienne le laboratoire où s’inventent les nouveaux vocables, les nouveaux yogas, les nouveaux mantras de l’espèce – où sciences et conscience nouent des alliances évolutionnaires inédites sur la question du temps, de la mort, du post-spirituel, du post-religieux, du vieillissement, de l’augmentation, de la singularité, du climat…Non pas en terme de bla-bla et conférences mais en termes de labo-recherches-applications-expérimentations. Qu’à l’heure de la mutation d’une espèce qui se prépare à des établissements sur Mars, à prolonger la vie, et à modifier les lois biologiques de son biotope, où d’autres éthiques voient le jour… qu’Auroville enfin lève ses inhibitions en redevenant l’attracteur et l’accélérateur évolutionnaire dont le monde a besoin.

Après les gens en feront ce qu’ils en voudront. C’est pour moi une pulsion irrépressible. Que nous partageons avec Rachel. Nous n’avons rien à perdre. Nous partagerons tout ce que nous aurons dans le coeur et l’esprit. Et continuerons notre job.

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Lors d’une réunion d’Auroville France…

Ensuite comme je disais au début une bouffée créative nous emporte. Cela me rappelle une réunion d’Auroville France à Paris où un certain charmant monsieur fort réputé à Auroville pour sa plume poétique et son bagout, suite à la présentation de mes activités avec Rachel, proféra à l’assemblée :

« – Ah oui les projets… On en a tous fait, on est tous passés par ce stade… Maintenant on en est plus là ! »

Il faut vraiment être bien étrange pour s’exprimer ainsi pensai-je, vraiment surpris ! Personne n’osa répliquer au personnage si imbu de son « aurovillité « .

Je ne connais pas dans le monde une personne qui mena autant de projets à fois, aussi fous les uns que les autres que Mère. Il suffit de se promener à Pondichéry pour voir l’empreinte sociale et économique de son brassage, les partenariats, sponsorings, parrainages, projets agricoles, pédagogiques, sportifs, sans parler de la folie titanesque d’Auroville.

Faire, c’est mettre la Conscience en action, l’infuser dans le réel et la transformation. Faire, agir, transformer, infuser, sont justement une particularité de l’oeuvre de Mère et de Sri Aurobindo.Evidemment il ne s’agit pas de faire de manière ordinaire. On, ne peut pas lire et vivre Sri Aurobindo et Mère depuis 30 ans pour agir « ordinairement ».

Bon passons. J’aborderai ultérieurement la question de notre cher Satprem.

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Rendez-vous avec un adjoint du Maire de Toulouse sur la politique interculturelle.

Je pense de plus en plus à un spectacle qui mette en scène trois conteurs : l’un d’Europe, l’autre d’Afrique (Mali) et enfin un autre, berbère du Maroc mais de la diaspora ! Pendant leurs échanges des acteurs illustrent leurs propos et anecdotes en petits tableaux baroques et comiques. L’idée est que les conteurs partagent des anecdotes historiques de rencontres entre les trois cultures Je pense à Ramon Lulle, au troubadour Isalguier avec le Sultan de Gao, à la rencontre de Ibn Rushd avec Tamerlan, je pense à Frederic II de Haustaufen, etc… Le spectacle est à la fois un divertissement et une occasion de partager une érudition savoureuse et historique des liens qui ont réellement traversés les cultures et qui nous font ce que nous sommes aujourd’hui.  L’idée fais son chemin… L’idée est que les gens se divertissent et ressortent en ayant compris à quel point nous sommes de cultures mêlés !

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Le projet de La Caravane avance aussi.

 

 

 

Journal I – Le 13 Septembre 2017 

Je retrouve parfois des photos dans mon ordinateur que j’ai baptisé Vyasadas, « Le serviteur du grand Vyasa ». En hommage au Mahabharata. Vyasa fut le rédacteur du Mahabhara, un monument épique hallucinant de la littérature universelle qu’il écrivit, dit la légende, avec un morceau de la défense en ivoire du Dieu Ganesh ! Le Mahabharata avec les Puranas et le Ramayana sont des oeuvres sur lesquelles j’ai, adolescent, passé des jours et des nuits de bonheur. A l’instigation de Sri Aurobindo qui les recommandait entre Dante, Homère, Eschyle et Shakespeare !

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Je parlais de photos. Certaines photos resurgissent de l’ordinateur souvent opportunément ! Celle-ci en particulier me replonge il y a à peine quelques années… et me renvoie à un des souvenirs les plus marquants dans nos périples africains avec Rachel : notre séjour chez le peuple Bédik.

Rien de plus salubre pour des évolutionnaires que de se plonger dans les mondes matriciels des peuples qui perpétuent les mémoires premières de notre espèce. Isolés de tout les Bédiks du Sud Est-Sénégal perpétuaient encore au début des années 2000 un mode de vie ancestral dans un environnement exceptionnel.

Notre rencontre était d’autant plus intéressante que nous étions là pour partager avec eux l’histoire du fonio, cette graine que Gaia commercialise toujours dans les boutiques bio.

Un séjour plein d’émotions, terrestre, tellurique, vivifiant.

Départ demain vers le Maroc, avec Krishna et Savitri

Nous nous préparons à repartir au Maroc. Je reçois aujourd’hui un beau texte de Francine avec cette belle parole de feu de Krishna, ce marocain qui marqua d’une si belle empreinte sa traversée de l’histoire d’Auroville.

 

Journal I – Le 5 Novembre 2017

Poème de Sri Aurobindo :

The Cosmic Man, 25, 9, 1938

Je regarde à travers le monde et nul horizon ne me barre la vue ;
Je vois Paris et Tokyo et New-York,
je vois les bombes exploser sur Barcelone et dans les rues de Canton.
Les méfaits sans nombre de l’homme et ses rares bienfaits ont lieu dans mon propre moi.
Je suis la bète qu’il abat, l’oiseau qu’il nourrit et sauve.
Les pensées d’esprits inconnus m’exaltent de leurs vibrations,
je porte la douleur de millions dans ma solitaire poitrine.
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Ce que je trouve deux choses très intéressantes dans ce poème :

  • Sri Aurobindo est plongé dans son temps et fait corps avec l’humanité. Son expérience n’est pas celle d’une « exfiltration spirituelle du monde » dans un Soi extatique, mais une « infusion du supramental » dans tessiture de la Réalité.
  • le fait que l’expérience qui en est le coeur – et qui était à l’époque celle d’un Yogi d’exception – est désormais l’expérience commune de chacun(e) d’entre nous.L’extraversion de notre système neuronal par internet et la réalité augmentée, qui constitue une étape surmentale des hypermondes –  élargit notre expérience au monde et notre sensibilité aux autres. Les réseaux sociaux deviennent des conducteurs accélérés d’implication, de communication et d’interaction… De cette unification du monde qu’ils anticipent et auxquels ils nous ouvrent pas à pas les accès.
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Tout le mois dernier fut pour moi une intense concentration sur le projet Al Andalus et pour Rachel sur la Société Gaia dont la croissance s’est vue brusquement rompue par un incendie et un arrêt de fonctionnement de l’entreprise pendant 2 mois !

Nous sommes comme deux rameurs pris dans les orages et les éclairs, à la fois exaltés et organisés sur leur bateau ivre.  Parfois Rachel joue de sa flûte sous la lune et m’évoque Krishna. D’autre fois nous dansons comme des fous au risque de toute faire chavirer. D’autres fois encore nous nous surprenons en face à face devant nos mutuels ordinateurs les synapses et les neurones saoulés de pixels. Heureusement le parc, le jardin, la cuisine crue, des exercices, le soleil, la beauté de la terre et la pulsion de vie qui nous habite et pulse l’univers en nos corps et âmes, heureusement le regard de notre espèce dans le miroir chaque matin nous rappelle à la beauté de la Grande Geste qui nous mobilise et nous relie.

Heureusement que nous devinons les enjeux et les rites de cet opéra où se mêlent les glaces et le feu : l’Eternel est morcelé en des vies fugitives et le Dieu parqué dans la fange et la pierre ». Sri Aurobindo- Poème « The life Heavens » – 15, 11 1933.
Alors il faut bien y aller !

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Je sens en moi la poussée advenir pour la deuxième vidéo sur Auroville. C’est aussi mon histoire. Et je suis scandalisé par l’inertie d’Auroville, tout en reconnaissant tous les efforts pour la survie et la poursuite de l’aventure menés par les gens admirables qui y vivent ou qui y participent. Ce sont vraiment des gens formidables.

Mais quelle inertie dans un lieu consacré à l’accélération évolutive ! Si Auroville continue dans cette veine le site deviendra une destination massive du tourisme indien  féru de spiritualité baroque et hightech. A force de vivre dans le déni satpremien – celui de la révolte, de l’opposition au mental et à la méga-machine » – la transmission intergénérationnelle ne se fera pas.

Les nouvelles générations ne connaîtrons pas l’oeuvre de Sri Aurobindo, ni n’aurons reçu la transmission de son oeuvre fécondée par l’Agenda et Savitri. Ils ne connaîtrons rien de plus que les autres du feu qui fait advenir le monde qui vient. Gageons que le moment venu l’ashram et ses affairistes ne feront qu’une bouchée de ce qui deviendra un rentable parc d’attraction écologique et spirituel. Ce qui ne sera pas pour déplaire à Aviram et son rêve new-age / néolitique vegan.

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C’est un peu comme pour l’espéranto. Les espérantistes ont hérité d’une langue extraordinaire dont le fondateur qui l’a accouché dans le feu d’un ghetto juif polonais a voulu qu’elle devienne une langue universelle pour la paix et la grande cause de l’unité de humaine. Les espérantistes que je croise en ont fait  une langue de « clubbing ». On se croirait dans un club de tarot avec des activités annexes de loisir. Pas de grandes causes mobilisatrices pour donner du sens à cette fabuleuse idée. Comment alors s’étonner qu’elle patine et ne survit que grâce au bénévolat extraordinaire de membres dévoués.

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Excellente émission sur France Culture dans la grande tradition de la série « Concordances des temps  » de Jean-Noël Jeanneney. J’ai toujours pensé que Michel Onfray et Houellebecq étaient des auteurs de la fin du XIXème siècle. Leur obsession de la décadence – et les errements de leurs jugements – sont typiques de l’époque. On la reconnait bien, cette obsession morbide et têtue et argumentée –  dans l’évocation fine bien rendue par l’invité de l’émission Michel Winock, auteur de Décadence fin de siècle, Gallimard, 2017.

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Enfin comment résister à l’avènement des hypermondes annoncé si précisément en 2014 par Pierre Levy et dont nous assistons à la fabrique en live ?

Représentons-nous les prochaines générations pourvues d’un sens supplémentaire qui élargira leur expérience en leur donnant un accès direct au monde des idées. Dans la culture numérique du futur, tout le monde saura et verra « de ses propres yeux » qu’un groupe humain vit en symbiose avec l’écosystème d’idées qu’il nourrit, qui le représente et qui le nourrit en retour. Certes, certains d’entre nous savent déjà aujourd’hui, de manière intuitive, que les collectivités humaines ont toujours vécu en interaction avec des écosystèmes d’idées (puisque l’existence humaine suppose la culture) mais, dans l’avenir, cette interdépendance sera beaucoup plus tangible qu’aujourd’hui parce que les écosystèmes d’idées seront observables, mesurables et explorables sur un mode sensorimoteur selon des mesures et des normes communes. La vie des idées aura acquis une objectivité scientifique et une évidence sensible qu’elle n’a pas encore aujourd’hui. C’est pourquoi nous devons concevoir une civilisation mondiale dans laquelle chaque communauté humaine (famille, école, réseau, équipe de travail, association, entreprise, ville, parti, nation, etc.) possèdera une représentation interactive de son intelligence collective : l’écosystème d’idées qu’elle génère et dont elle s’alimente. Cet écosystème se présentera comme un hologramme dynamique explorable – en réalité virtuelle ou augmentée – que l’on pourra décomposer, analyser ou fusionner à volonté avec ceux d’autres communautés ou d’autres individus.
https://pierrelevyblog.com/2014/02/03/causerie-debat-sur-ieml-et-les-ecosystemes-didees/

 

Journal I – Le 2 février 2018

Reprise en main de cette aventure Aurovillage au Burkina Faso. Comment accueillir les autres étapes de cette histoire ? Se laisser à la fois porter, traverser et dans le même temps conduire et inspirer ? Cela se fait tellement naturellement comme si nous suivions instinctivement des veines de sens, des réseaux souterrains de connivence et de synchronicité. Comme si nous étions conduits par les vagues précises d’une autre temporalité, surfant d’incertitudes en probabilités… Avec comme seuls repères la qualité de l’intention et notre capacité d’intelligibilité : cette étrange aptitude à nouer des gerbes de liens, à saisir le bon fil inattendu, à lancer instantanément la flèche sur la comète fugace du possible.

Je suis étonné que le site de 15 hectares reste intact et devienne une forêt dense et giboyeuse inédite dans cette région de champs secs et de bois pelés. Cette forêt qui émerge du sol sec, dont nous avons soutenu l’avènement par la plantation de milliers d’arbres, par un travail patient de régénération des sols nous semble comme un assentiment de la terre.

Je suis étonné des raccords et câblages étonnants qui se font avec le Maroc, avec l’histoire de l’Afrique, avec la préservation des écosystèmes, avec le fonio, avec la dynamique évolutionnaire, avec le village St Jean, avec tous nos ami(e)s si chers… comme si tout cela sourdaient de l’alliance de nos esprits et de cette terre de savane.

Entre 2008 et 2016, Avec Rachel, seuls dans la nuit, nous avons chanté des mantras avec nos corps-conscience comme des chamans autour du grand Karité du Cercle de la Paix.  Dans une étrange alchimie avec l’esprit des lieux  nous avons planté un lien avec les étoiles et parfois un Chant des humanités nous a traversé : nous laissant émus et silencieux. Et nous retournions mains dans la main dans notre petite maison de terre avec notre petite lampe de poche qui découpait des ronds de lumière observés avec curiosité les chouettes et les oiseaux de nuit de la savane. Aurovillage est né dans la chrysalide de cette maison de terre. Son Matrimandir est dans la graine de l’avenir.