Journal – Le 22 Juillet 2018

Dans le dernier post j’évoquais ces bourgeonnements de possibilités créatrices qui apparaissent … Mais ils sont le signe d’un printemps qui a requis son hiver, ses limbes et ses froidures. C’est cette plongée en terre profonde, au coeur de la froidure qui permet aux graines de se contracter, de fendre la coque avant de percer les mottes et de grimper de feuilles en feuilles vers leur irrépressible part de soleil.

J’ai passé un mois de Juillet étrange, aux horizons effilochés.  Un peu comme on traverse des jours et des jours lents en naviguant sur une mer muette et dans la brume opaque. Ce que j’appelle traverser son clair de lune.

Ce sont des jours de peine à marcher dans la lumière blafarde parmi les arbres immenses et hautains, à se sentir et précaire et fragile dans un monde hanté d’ombres et de peurs. C’est comme une traversée du pays des songes de son enfance. Un vrai retour en son soi modeste et vrai. J’ai remarqué avec le temps qu’en traversant cet état saturnien, en  l’acceptant, en redevenant cet enfant perdu dans le brouillard des mondes, en lui parlant avec une voix douce, en le soutenant, on finit toujours par trouver un chemin et une clairière. C’est alors un bourgeonnement de choses inattendues et des bouffées extraordinaires de créativité et de joie. C’est ainsi que j’ai appris que cet état de lâcher-prise, de solitude, de flottaison et d’humilité – ou tout semble bouché, rétif, désaccordé – s’avérait en fait vivifiant et nourricier.

Malgré l’inconfort qu’il procure, j’ai toujours considéré cet état comme un moment fort dans le chemin. La spiritualité ne doit pas nous enlever notre part de solitude, de désert, de mûrissement et chercher à tous prix à nous maintenir  dans une zone de confort régressive où le recours au japa, au zikr, à l’invocation du maître, où à la prière viendraient combler cette part ténue de soi  en laquelle se love aussi notre part d’indicible. Notre liberté.

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