Journal I – Le 3 Juillet 2018


J’ai vu plus d’un matin radieux caresser
Les cimes des montagnes de son oeil souverain
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Full many a glorious morning have I seen
Flatter the mountain-tops with sovereign eye
Shakespeare, sonnet 33 

Quel incroyable poésie !

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J’aime bien Pascal Picq, comme personnage et comme auteur. J’approuve tout à fait son argument selon lequel un paléoanthropologue a des compétences particulières pour aborder la question du futur de notre espèce. Il fait partie de ces savants réjouissants, généreux et décomplexés typiques de notre temps. Il a commis un dernier livre à l’intelligence buissonnière, donc évolutionnaire, qui fait plaisir à lire ! 

Préparation à un nouveau changement de mode de vie ! Deux journées en une seule pour pouvoir écrire en mode rotative !

De 8hrs à 16hrs (vie publique et autres)
puis seul repas de la journée hors p’tit déj à 16hrs 
Sieste d’une heure avant 18hrs.
Puis rebelote en mode solo avec l’univers de 18hrs à 2 ou 3hrs du matin avec boost de fruits, intermezzo d’exercices swaram et thé vert !

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J’ai passé la journée à écrire un texte en en commentaire d’une note officielle préparatoire pour un colloque international sur le dialogue des religions et des cultures.

Je ne fais pas partie de ceux qui zappent la question religieuse, même si je n’appartiens à aucune. Les religions restent des forces motrices puissantes et même si je milite pour le post-spirituel et le post-religieux je les tiens en considération et sais qu’elles tiennent au tripe une partie notable de l’humanité. Elles sont de toute façons embarquées dans la mutation et c’est ce que j’ai mis en avant dans ce texte, dont voici un extrait : 

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Les sociétés contemporaines sont emportées dans un mouvement accéléré et irréversible de communication et de brassage des peuples, des idéologies, des religions et des cultures. Il met à mal les cultures traditionnelles, bouscule les normes et nous connecte – tous et chacun – à un flux continue d’actualité qui bouscule les repères individuels et collectifs et nous expose aux grands défis planétaires anxiogènes et à nos impuissances collectives. 

Les religions n’échappent ni à cette accélération ni à cette déstabilisation.

Six éléments majeurs mettent en tension le champ religieux :

 

1 – Les processus inéluctables de sécularisation et l’individualisation et la liberté de conscience bouleverse le cadre traditionnel du champs religieux . L’avènement des sociétés démocratiques et pluralistes, la garantie de la liberté de conscience et des cultes, l’autonomisation socio-économique des individus dans un espace public libéral, la volonté des individus de s’émanciper des cadres socio-religieux contraints et d’affirmer une foi authentique et singulière, la diversification des offres religieuses librement accessibles sur le « marché des croyances »  interpellent les cadres religieux traditionnels et les appellent à se reformuler dans des contextes jusqu’alors inédits et impensés.

2 – Toutes les religions sont désormais assignées à des situations de co-existence pacifiques et à construire en leur sein une nouvelle herméneutique spirituelle de l’altérité. Elles devront s’inscrire dans un paysage interconvictionnel et inclusif jusqu’alors inédit dans l’histoire en établissant des relations de co-existence égalitaires avec les autres religions, avec des athées et même avec des croyances qui dans l’histoire de certaines religions étaient considérées comme païennes et offensantes.

 

3 – Dans cette nouvelle configuration mondialisée de co-existence aucune religion ne peut s’inscrire dans un monopole totalitaire du sens. Cette situation constitue pour nombre d’entres elles – en particulier pour leurs franges les plus conservatrices – une révolution copernicienne douloureuse. A ce titre et pour prévenir  l’émergence de phénomènes réactionnels extrêmes qui ne pourront le supporter cette évolution les religions devront proposer de nouveaux cadres qui postule l’existence légitime de l’Autre comme un signe et une miséricorde et non un déni.


4 – Le dialogue inter-religieux devra sortir des questions doctrinales irréductibles pour oeuvrer à l’émergence d’un modèle opératoire de co-existence pacifique qui fonde le principe d’une unité inter-spirituelle élargie tout en préservant l’identité singulière et nécessaire de chaque religion. Il s’agit d’inventer de nouveaux cadres qui ne concernent pas seulement les autorités religieuses mais offrent aux pratiquants des moyens et des légitimités nouvelles d’ouverture et d’échanges inter-religieux concrets autour de grandes valeurs éthiques partagées : culture de paix et reconnaissance mutuelle, bienveillance éco-responsable universelle, respect des grands principes d’humanité.

5 – Les religions devront répondre aux défis des accélérations des technosciences (biotechnologies, épigénétique, intelligence artificielle, eugénisme) et aux révolutions anthropologiques, aux changements de modes de vie et de moeurs qu’induisent les bouleversements de la filiation, de la prolongation de la vie, des technologies réparatrices, l’apparition des robots auxiliaires de vie, la vie ubiquitaire dans des mondes virtuels… L’émergence d’un nouveau récit collectif de sens porté par la seule science et les aspirations de toute puissance des transhumanistes qui l’habitent doivent alerter quand à la nécessaire de la sagesse que porte les grands héritages spirituels de l’humanité. C’est aux religions de transmettre ce message en se mettant à jour des nouveaux défis.

6 – Les questions des urgences climatiques et environnementales, des migrations et de la justice climatique, des modes de vie durables et bienveillants envers les non-humains vont de plus en plus interpeller les religions au-delà des constats et des diagnostics à des engagements, des actions et des changements modes de vie. Il ne s’agira pas d’ajustements théologiques et d’adaptation de l’enseignement religieux mais de réintégration de la création dans sa totalité comme responsabilité radicale de l’humanité.

 

Ces six éléments constituent des urgences transitionnelles que les religions doivent anticiper pour se mettre à jour face aux grands risquent majeurs : le péril climatique, le délitement des sociétés rongées par la marchandisation et l’autisme consommatoire, l’explosion des sectes identitaires messianiques et totalitaires, les dérives des mutations bio-technologiques et des utopies technophiles.


Sans cette mise à jour qu’elles doivent engager et accompagner en apportant une nouvelle culture éducative et inter-spirituelle, les religions risquent de ne plus assumer leur rôle qui n’est plus tant de convertir l’humanité à leur foi, que de préserver en l’homme la foi en l’humanité.

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