Journal II – Le 31 Juillet 2018

img50L.jpg

Plongés ces jours-ci dans les conceptions de stages/ateliers et outils de transmission. Donner du corps et irriguer d’inspiration les formats, les méthodes. Toujours garder l’inspir du coeur, le lien ombilical avec l’être psychique. Avancer dans une oraison constante du possible, une oraison synaptique et cellulaire, en dépit des pressions financières qui rôdent, en dépit des nos inerties et de nos limites. En dépit de tout. Surrender.

……………………..

Je réalise souvent à quel point la notion d’historicité, notre capacité à prendre le recul de l’histoire, de nous situer dans cette perspective à long terme, celle de notre généalogie et celle de l’aventure de notre espèce est une chose inouïe.

Le fait qu’individuellement aussi bien que collectivement nous puissions non seulement évoquer le passé – ce que faisaient nos anciens des cultures orales ou de l’histoire pré-scientifique – mais en remonter la pente, suivre les traces, reconstituer les chaines complexes de causalités, tenter l’effort continu de le reconstituer et de le faire revivre dans nos consciences est une sorte de disposition miraculeuse de l’esprit.

Ce qui est admirable c’est l’effort remarquable des écoles récentes d’histoire pour inscrire leurs travaux hors des strabismes nationalistes, en ouvrant des perspectives longues et poly-centrées, des regards croisés qui légitiment tous les points de vue, des vainqueurs comme des vaincus, de dominés comme des dominants, des états et des villes, des dynamiques populaires d’émancipation comme des sociétés aristocratiques et marchandes… Toujours dans une perspective  d’objectivité à parfaire, à améliorer, à préciser, à relativiser. Cette histoire fait de plus en plus le lien avec le paléolithique, la révolution néolithique les primo-humains… C’est vraiment remarquable.

Elle nous permet de préciser de plus en plus clairement les contextes de notre émergence technique, sociale et culturelle et renforce  notre lien phylo-ontologique qui nous permet de nous éprouver dans une communauté de destin non seulement contemporaine avec tous les humains et non humains d’aujourd’hui, mais aussi avec les milliards d’êtres dont nous sommes les continuateurs et dont nous actualisons les rêves.

Dans l’approche évolutionnaire, cet ancrage dans le phylum humain et son histoire est très important. Non seulement comme idée et principe mais comme ressenti et lien profond, osmotique, organique, cellulaire avec toutes nos lignées d’ancêtres hominidés et par ricochets jusqu’aux premières arborescences et aux premières pulsions de la vie protozoaire.

C’est cette plongée en profondeur dans le substrat de la vie et l’ancrage dans le phylum humain-vie-univers de notre corps que nous faisons résonner lors des méditations du lundi.

Il ne s’agit pas de principes vagues ou de sentiments d’empathie euphorique qu’on appelle généralement méditation. Il s’agit d’actualiser ce ressenti et ce lien organique et phylogénétique en commençant par évoquer et rendre hommage à tous ceux qui nous sont chers et qui ont quitté la scène du présent, au niveau familial, personnel, social, culturel, historique.

Ils restent présents en nous, nous habitent, nous construisent. Nous sommes une part de leurs rêves, de leurs espoirs et de leurs peurs. Un part de leur guérison et de leur accomplissement peut-être. Ce sont nos ancêtres, tous nos ancêtres. Ceux d’hier et de demain.

Sur la base de cette évocation pleine de souvenirs et d’émotions, on remonte la chaîne qui relie notre histoire à la grande boucle de l’histoire. On rend hommage à tous ceux qui l’ont innervé de leurs rêves dont nous portons les vieux codons dans les cryptes encore cachées des mémoires à venir.

………………..

J’aime ressentir cet osmose organique avec l’univers et tous les miens dans tous les états. Ces visages inquiets de femmes et d’hommes et d’enfants dans les trains qui quittent Berlin pour Auschwitz, le froid des goulags qui écorchent les mains et le coeur des forçats, les villageois mayas dévorés par les chiens affamés des colons de la Couronne espagnole, Cervantès dans sa prison d’Alger attendant d’être racheté par une oeuvre charitable chrétienne, Nelson Mandela luttant contre l’usure du temps dans sa cellule en cultivant des menthes, la palestinienne qui hurle la perte de ses enfants pulvérisés par les bombes, les millions de mien(ne)s et de semblables brûlés par l’arbitraire des faits divers, qui se retrouvent brusquement dans les hôpitaux, sur les civières, dans la salle d’attente du tribunal, dans la cellule de la prison ou dans l’hébétude de la rue, chaque fois terriblement seul(e). Je me sens tellement uni dans cette solitude et cette froideur du temps qui écaille nos espoirs et nous attire tel un opium vers le vertige de la mort. Toute cette tragédie est présente quand je respire les romarins, embrasse les tournesols en fleur et mord dans les bourgeons du plaisir. Les temps et les visages sont tous réunis dans un feuilleté de co-présence à chaque instant en chacun de nous. Et tout cela tient dans chaque respiration.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *