Journal II – Le 3 Août 2018

Je suis toujours étonné de constater que la vision traditionnelle de la mort – spiritualiste ou athée – reste autant d’actualité. NDE, Au-delà, sortie du corps… d’un côté et dénégation pure et simple de l’autre…  Pourquoi ai-je l’impression que ce sont désormais des visions du passé ?

Pourquoi  pense-t-on la vie et la mort aujourd’hui comme si rien n’avait changé depuis des siècles ? Et surtout depuis quelques décennies ? Et si les catégories étaient à présent chamboulées ? Et si la mort elle-même était en train de muter ?

Et s’il s’était passé quelque chose d’inouï à Pondichéry dans les années 60… Un paramètre fondamental du réel qui a changé et ouvert une étrange et impossible et fantastique possibilité ?

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Je vais traiter cette question en quatre parties. Qui seront ensuite pour une part reprises et formulées pour le Manifeste évolutionnaire.

1 – On commence par un peu d’histoire qui risque déjà de frictionner un peu.

2 – Ensuite on évoquera le monde imaginal – le monde puissant des imaginaires symboliques – que notre espèce a construit depuis le début de son hominisation. Entre l’inconscient collectif de Jung et la Brahma Jyoti indienne. C’est dans ces univers que nous font voyager les substances, mais aussi les rituels et les jeûnes intensifs,  les transes et les états spirituels.

3 – Nous évoquerons ensuite de la révolution contemporaine de la mort : pour la première fois de l’histoire de l’humanité notre corps nous appartient et nous pouvons dès lors établir un nouveau rapport conscient et individuel à celle-ci. C’est l’amorce d’un effet domino extraordinaire et bouleversant que nous illustrerons.

4 – L’Expérience de Mère, le corps de la terre et la mutation de la Mort. Sauf pour ceux qui ne veulent pas le voir, Mère à évolué dans sa relation à la Mort. L’Agenda en témoigne. Quelque chose à changé. Pourquoi et comment faisons nous désormais partie de l’expérience ? Je pense, pour une raison que j’ignore, avoir quelques éléments sur la question. C’est pour cela que j’écris tout cela.

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Un peu d’intelligibilité et de socio-histoire…

Pour en parler, comme nous le faisons toujours par principe dans l’approche évolutionnaire nous remontons d’abord le fil de l’histoire.

On sait à présent que la mort – sa peur, sa terreur, ses souffrances – a donné lieu durant des millénaires à l’usage de psychotropes/opiacées dont notre espèce a usé et abusé pour apaiser et donner du sens à cet arrachement violent au monde des vivants et le transformer en passage rituel socialisé.

Durant des siècles les sociétés traditionnelles d’occident, comme les autres sociétés traditionnelles du monde – ont fonctionné avec des croyances collectives qui faisait de chacun une créature parmi les créatures sans distinction particulière. Alignées au temple, à la mosquée, à l’église ou face au fétiche en rangs conformes et dans une hiérarchie socialisée et validée par les pouvoirs unis du profane et du sacré.

Il n’était guère conseillé et pas sans risques de se distinguer de la norme par ses réflexions, ses idées, voir ses propos ! La liste est nombreuse de ceux qui ont payé le prix de la fitna (la division) ; d’Averroès à Spinoza, de Giordano Bruno à Michel Servet pour ne citer que ceux-ci parmi les milliers de héros auxquels nous devons la liberté.

L’obligation de la cohésion et de la solidarité collective imposait à tous une croyance mono-religieuse dogmatique sourcilleuse et forcément acceptée par tous. Avec pour la question de la mort un modèle inexpugnable : la sanctification du mourant, la toilette rituelle du mort, la cérémonie funéraire, la résurrection, le jugement, et en bout de trajectoire l’enfer ou le paradis.

Chacun gardait cependant un petit lot de consolation avec un petit tas de péché et une comptabilité scrupuleuse à régler avec sa conscience et le curé de la paroisse. La survie collective, les peurs collectives, les travaux collectifs… Et le salut géré collectivement ! Gare au trublion inspiré du démon qui par sa rupture du contrat collectif et ses idées agitées nuirait à l’agrément de Dieu et appellerait la foudre du Tout-Puissant sur la communauté ! On ne manquera jamais de finesse et de perversité sainte pour expulser le démon du corps et de l’esprit de l’hérétique !

Heureusement, d’abord comme un ruisseau souterrain puis comme une rivière qui fait front et enfin comme un  fleuve qui finit par emporter la digue on peut suivre de Ibn Tufail, à Cervantes, de Montaigne à la Réforme protestante, puis durant les Lumières la montée contrariée mais irrévocable de la légitimité du moi. Celui-ci ose, s’affirme et s’impose face aux croyances collectives. En 1789 cette affirmation de principe se trouve consolidée par le droit et devient une référence universelle.

Il n’est pas étonnant que les Lumières apparaissent quand les lampadaires à gaz commencent à éclairer les villes (l’Ecossais William Murdoch et le Français J.-P.Minckelers en 1792 créent les premières lampes à vocation industrielle). L’homme produit la lumière et transforme la nuit en se libérant en passant terreurs urbaines nocturnes. C’est une belle et terrible métaphore pour cette cette révolution qui sera bientôt suivie par l’électricité avec les inventions du russe Paul Jablochkoff  qui à partir de 1878 permettrons la généralisation de l’éclairage électrique public.

Il n’est pas anodin alors de voir apparaître une multitude de courants spiritualistes qui commencent à répondre à la question du salut individuel avec des connaissances jusqu’alors soit interdites soit exotiques. Tandis que la croyance conventionnelle de l’église se transforme de plus en plus en convention sociale le besoin de salut se déplace vers d’autres réponses et audaces.

Chaque salon, à Paris, à Londres, à Amsterdam, à St Petersbourg rivalise en originalité. Mesmer et ses baquets magnétiques est vite suivi d’une constellation d’aventuriers et d’originaux qui apportent matière à scandales, frissons, hérésies, et communications avec les esprits.  Le spiritisme vient à jour dans la lignée d’une théosophie chrétienne ésotérique dont il conserve l’armature morale et un évangélisme qui séduiront Victor Hugo et Tolstoï, tandis que dans la foulée arrive d’orient via la Russie la théosophie d’influence orientale et la réincarnation revisitée.

La version récente de la réincarnation en Europe, importée d’Inde par les théosophes entre les XVIII et XIXème siècle, est ré-adaptée comme une prolongation cyclique de soi et non plus une aspiration à la disparition du moi comme elle est d’usage en Inde, au Tibet… Une forme de darwinisme spirituel voit le jour…Ce qui n’est pas étonnant car le théosophisme (créé en 1875) est contemporain des grands débats darwinien (1859, première édition de l’Origine des Espèces).

Son importation en Europe a coïncidé avec l’avènement de l’individu bourgeois soucieux de son auto-survivance. Le ventre plein et rond des bourgeois et les flancs dodues de leurs dames, le compte en banque rempli de bons du trésor, les enfants assurant la préservation de la lignée, ils ne leur restent plus qu’à espérer le meilleur : se survivre individuellement et singulièrement – en tant que toujours eux-mêmes – dans l’autre monde et revenir de temps en temps en mieux tant qu’à faire !

Plus question de croire en d’absurdes contes de salut de masse, assorti de géhennes et de feu éternel, dont les sciences d’alors commençaient à démontrer les origines mésopotamiennes primitives. Non, c’est le souci de son soi singulier dont on pressent que la vocation est de se survivre et de se spiritualiser qui annonce sa révolution.  Et c’est de l’Orient mystérieux comme le déclame les francs-maçons qui sont alors à leur apogée que vient la lumière…

A cette aspiration de survie éternelle ponctuée de temps de béatitudes et de retours éducatifs réguliers la réincarnation allait convenir comme un gant.

A Suivre

 Texte repris et aménagé sur mon blog !

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