Journal II – Le 7 Août 2018

Par le corps de la Terre

Dès mes premières lectures de l’Agenda de Mère – et avant cela celle des entretiens, de tous les livres de Sri Aurobindo, des premiers textes de Satprem,  il m’apparaissait évident que les expériences supramentales de Mère et de Sri Aurobindo (je ne parle pas de leurs expériences antérieures « personnelles »), étaient des expériences concernant le corps de la terre.

Je n’ai jamais compris la focalisation de Satprem sur le corps de Mère, notamment après le départ de cette dernière. Son attitude renouvelait à mes yeux une fétichisation classique du « corps sanctifié » que l’on retrouve dans les récits de saints. Il est évident pour qui suivait cette histoire dans le grand corps du monde que c’était celui-ci – le corps de la terre – qui était concerné par l’Expérience évolutive et que le départ de Mère n’allait certainement ni interrompre une expérience désormais universalisée à travers Elle, ni n’allait « se continuer » dans un autre corps ou d’autres corps « élus ».

Il y avait quelque chose de pathétique dans cette volonté d’accélérer à tous prix l’Expérience et on y retrouve un certain zèle « de la fin des temps », avec la trahison classique vis à vis des pharisiens de l’ashram et la fuite des purs avec « le vrai dépôt ». Ce scénario est très banal en anthropologie religieuse et typique de la ferveur messianique qui voudrait voir s’accomplir l’apocalypse « en accéléré » durant sa propre vie.

Sri Aurobindo qui était aux dires de Mère la figure axiale de cette manifestation- nous a laissé une autre vision plus large : il n’était pas question à ses yeux que la transformation supramentale, tout au moins dans sa manifestation matérielle soit accomplie durant sa vie ou celle de Mère. Leur incarnation et leur expérience terrestre commune ont créé et accéléré les conditions terrestre de cette transformation supramentale. Et Sri Aurobindo  considérait qu’il faudrait peut-être un siècle ou plusieurs centaines d’années pour qu’elle soit plénière.

J’ai toujours considéré pour ma part que la Nouvelle Conscience  était partout extraordinairement à l’oeuvre depuis les années 1880-1910 avec des accélérations fantastiques dans les années 50, 60, 70 du XXème siècle. Je le ressentais déjà dans mon adolescence et encore plus depuis mes études d’anthropologie et de sociologie du changement. Jamais nos sociétés humaines n’ont connu autant de bouleversements simultanés et convergents avec la particularité d’impacter simultanément de l’intérieur et de l’extérieur des milliards d’individus. Sans parler du chamboulement de la terre elle-même en tant que biotope depuis que nous sommes entrés dans l’anthropocène.

C’est pourquoi j’aime les textes majeurs de Sri Aurobindo : de la Vie Divine à Savitri. Ils incarnent une autre temporalité plus évolutionnaire, plus cosmologique mais pas moins radicale et profonde que la frénésie et l’impatience de certains qui reproduisent la tension apocalyptique des anciennes prophéties.

C’est un point de vue que nous partagions avec Gorges Van Vrekhem. Ce qui n’enlève rien au panache et à la magnifique intensité de Satprem.

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