Journal – Le 27 Août 2018

Tous ces jours à venir vont être ceux d’un grand virage dans la crête de notre vie d’humbles et laborieux protagonistes de notre micro-histoire. Une sorte de révolution dans un sens ou un autre va percuter notre vie. Rachel et moi nous nous tenons debout. La mer commence à s’agiter, mais nous avons bien préparé nos instruments et la boussole intérieure est bien arrimée. Nos intentions sont affûtées comme des flèches de bantous. Dans chaque inspir nous infusons le mantra de tous les possibles. La nuit les chats se passent le relais du grand Ronron et nous font un lit de leurs rêves félins.

Alors comme il est question de révolution… Ajoutons y des Lumières !

Le progrès de la Nature n’a pas la régularité mécanique d’une marche militaire. Elle se surpasse constamment, quitte à le payer ensuite de déplorables retraites. Elle a des poussées soudaines, des éclats formidables et splendides, d’immenses réalisations. Elle se jette parfois comme une tempête, passionnément, dans l’espoir de prendre le royaume des cieux par la violence. Et ces surpassements révèlent ce qu’il y a de plus divin en elle, ou de plus diabolique, mais dans les deux cas, de plus puissant pour la mener rapidement à son but.
Sri Aurobindo.

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J’ai une sorte de fringale pour les périodes de transition : celles où dysfonctionnent les rouages du connu, où la machine et tous ses moteurs semblent s’emballer au coeur de la tempête. Ces périodes d’avant orage où s’agencent, encore incertains, les futurs déploiements du Réel.

Parmi les périodes qui me passionnent, outre la méditerranée antique et médiévale, l’empire ottoman, la période coloniale, le XIXème siècle et les deux « grandes guerres » – dont la parenthèse pétainiste si riche d’enseignements – se trouvent celles, cruciales, géniales, extravagantes et monstrueuses, véritables pivots de l’histoire évolutionnaire : les lumières et la révolution française.

Un livre a été publié en 1989, pour le bi-centenaire :  « Sri Aurobindo et l’avenir de la Révolution Française ». Il est constitué d’une compilation d’extraits d’ouvrages sur l’interaction entre évolution de la conscience et des structures d’organisations sociales et politiques. Le livre est porté par une préface et des commentaires « intenses » de Satprem qui soulignent l’importance du sujet et le rôle éminent de la France.

La sadhana de l’humanité a tout son sens, et la nôtre, pour être complète, doit s’élargir à celle de l’espèce et de son histoire. 

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Les obturés, ou les anti-lumières. 

Comme dans toutes les périodes charnières la mode est aux complots. Il n’est pas étonnant qu’en ces temps actuels si tourmentés la question des Lumières et de la révolution soit renversée par des auteurs à la mode – contre et anti-révolutionnaires. A leurs yeux cette période faste de la pensée et de la liberté serait un regrettable lapsus,  un dévoiement, une marche ratée de l’histoire.

Juifs kabbalistes, franc-maçons et libertins athées et déistes auraient machiavéliquement ourdi un renversement des valeurs en démantelant l’église et l’équilibre des hiérarchies naturelles et spirituelles qui fondaient une société monarchique et chrétienne authentique.

A la place une « religion républicaine » aurait été instituée, assortie de son artillerie laïque, pour servir une oligarchie diabolique qui imposera le déni des valeurs traditionnelles, la perte de l’autorité masculine, le règne de la quantité et l’asservissement généralisé par l’économie et l’humanisme libéral.

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Je vais d’abord aborder les cas de la période des Lumières et de la révolution française en général, en ce qu’ils m’interpellent comme évolutionnaire.

Dans un deuxième temps je tenterais de mettre à jour ce qu’ils illustrent du décrochage avec un orient musulman que le monde ottoman porta à son zénith… avant de s’effondrer en entraînant dans sa chute la civilisation islamique dont il incarna les derniers feux.

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Quatre éléments clés distinguent les lumières européennes et sont sans doute une bonne base explicative de l’écart qui s’est établi entre le monde musulman et « le monde occidental ».

A suivre

Journal – Le 25 Août 2018

Le Dieu sans égal a fait des six directions un théâtre pour la manifestation de Ses signes à ceux qui sont doués de vision. A fin que, quels que soient l’animal ou la plante qu’ils regardent, ils puissent se nourrir sur les prairies de la Beauté divine.
Rümi, Mathnawi- 3640, p. 1602, Ed. du Rocher.

Sri Aurobindo incitait ses disciples à rester en veille sur la géopolitique internationale. « Toute la vie est un yoga »… La presse internationale était lue par lui-même et distribuée parmi son entourage. Les événements, leur développement, leur prévision faisaient l’objet de commentaires nourris et assidus. Les mouvements du monde étaient corrélés à des enjeux liés à l’évolution du monde et de la conscience. Il est frappant de constater combien cette dimension manque aujourd’hui… et on peut considérer comme un déclin cette « déconnexion du monde » et ce repli vers la sadhana personnelle.

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Je suis plongé depuis quelques jours dans l’histoire des six siècles de l’Empire Ottoman. Ce qui est frappant dans cet empire militaire à l’islam imprégné de soufisme hétérodoxe c’est d’assister lors de son déclin à toutes les manipulations mise en oeuvre par les services secrets anglais, français, russes pour accélérer sa décomposition et se partager les meilleurs reliefs de sa dépouille : les balkans et le monde arabe !

L’histoire du monde arabe post-ottoman est édifiante ! Les ottomans puis la république turque s’étant déjà chargé d’éliminer à coup de pendaisons et diverses tortures toutes les élites intellectuelles arabes, les services secrets français, anglais, russes, italiens, allemands… n’ont eu qu’à se servir et se jouer de quelques roitelets bédouins naïfs.

Suite à des traités imposés sur lesquels ils n’ont eu aucune capacité de négociation, ces arabes ont hérité de pays aux frontières tracés à gros traits par les colons et leurs intérêts. La création de l’Irak est un exemple de l’arbitraire et le mépris dans lequel ils étaient tenus.  L’Arabie des Séoud et le triste deal avec la secte wahabite en est une caricature. La liste serait longue de cette entreprise de manipulation et il n’est pas surprenant que cette région du monde soit à la une de l’actualité dramatique depuis 50 ans.

Je réalise à quel point il est illusoire de prétendre comprendre quoique ce soit à la situation contemporaine du monde arabe sans connaitre le précédent ottoman et surtout sans découvrir l’histoire de la constitution coloniale, fictionnelle et biaisée des états-nations arabes. Il faut dire que la plupart d’entre eux en payent aujourd’hui encore le prix fort .

Journal – Le 22 Juillet 2018

Dans le dernier post j’évoquais ces bourgeonnements de possibilités créatrices qui apparaissent … Mais ils sont le signe d’un printemps qui a requis son hiver, ses limbes et ses froidures. C’est cette plongée en terre profonde, au coeur de la froidure qui permet aux graines de se contracter, de fendre la coque avant de percer les mottes et de grimper de feuilles en feuilles vers leur irrépressible part de soleil.

J’ai passé un mois de Juillet étrange, aux horizons effilochés.  Un peu comme on traverse des jours et des jours lents en naviguant sur une mer muette et dans la brume opaque. Ce que j’appelle traverser son clair de lune.

Ce sont des jours de peine à marcher dans la lumière blafarde parmi les arbres immenses et hautains, à se sentir et précaire et fragile dans un monde hanté d’ombres et de peurs. C’est comme une traversée du pays des songes de son enfance. Un vrai retour en son soi modeste et vrai. J’ai remarqué avec le temps qu’en traversant cet état saturnien, en  l’acceptant, en redevenant cet enfant perdu dans le brouillard des mondes, en lui parlant avec une voix douce, en le soutenant, on finit toujours par trouver un chemin et une clairière. C’est alors un bourgeonnement de choses inattendues et des bouffées extraordinaires de créativité et de joie. C’est ainsi que j’ai appris que cet état de lâcher-prise, de solitude, de flottaison et d’humilité – ou tout semble bouché, rétif, désaccordé – s’avérait en fait vivifiant et nourricier.

Malgré l’inconfort qu’il procure, j’ai toujours considéré cet état comme un moment fort dans le chemin. La spiritualité ne doit pas nous enlever notre part de solitude, de désert, de mûrissement et chercher à tous prix à nous maintenir  dans une zone de confort régressive où le recours au japa, au zikr, à l’invocation du maître, où à la prière viendraient combler cette part ténue de soi  en laquelle se love aussi notre part d’indicible. Notre liberté.

Journal – Le 19 Juillet 2018

Quelques faramineuses aventures…

Depuis quelques temps, à la faveur de cet été, nous poussons intérieurement les choses pour accélérer, pour que de nouvelles possibilités se manifestent. Une attitude de surrender, de centrage constant sur l’aspiration, de confiance à tous les possibles, d’humilité et de qualité continue de l’attention.

C’est toujours un plaisir de voir apparaître des surgeons, des bourgeonnements inédits, de voir la pulsion créatrice à l’oeuvre. Deux pistes se sont rapidement ouverte :

1 – D’abord l’étonnante rencontre d’un ami soufi marocain, personnage remarquable, qui a la particularité d’être ouvert… Avec lequel une complicité stratégique de projet et d’esprit s’est immédiatement manifestée. Ce qui va dans doute nous créer de grandes affinités avec la belle ville de Chefchaouen, au Nord du Maroc.

 
Près de Chefchaouen… Dans les montagnes du Rif…

Ville avec laquelle nous préparons par ailleurs des liens autour du projet des Andalousies du monde. Tout cela laisse présager un futur ancrage dans une perspective inter-traditions du monde car notre ami souhaite développer des activités sur les liens entre différentes traditions spirituelles du monde autour d’un magnifique lieu d’accueil et de stage qu’il a mis en place dans la région. Bon je garde cela à valider pour les semaines et mois à venir…

2 – L’autre point est le lien avec Brachoua, petit village situé à 50 km de Rabat. Nous y sommes allés il y a quelques jours car nous étions à la recherche d’un lieu d’ancrage dans la région pour des randonnées philosophiques. Ce village était intéressant à nos yeux car il s’est construit une notoriété remarquable autour de la permaculture, de l’autonomie alimentaire, de l’environnement et un dispositif d’éco-tourisme porté par le village entier.

Nous connaissions par ailleurs un des promoteurs de cette aventure et ce dernier nous a encouragé à la découvrir… C’est ainsi que nous avons eu le plaisir de rencontrer les habitants et les responsables du développement du village d’une part, mais également d’apprendre – non sans une perplexité savoureuse – qu’un lieu historique se trouvait à proximité, dans les petites montagnes environnantes et à portée d’une randonnée accessible : rien moins que le tombeau du fondateur de la dynastie des Almoravides Abdallah Ibn Yassine ! Franchement il fallait le faire !

Au village de Brachoua avec des producteur en permaculture

Journal II – Le 7 Août 2018

Par le corps de la Terre

Dès mes premières lectures de l’Agenda de Mère – et avant cela celle des entretiens, de tous les livres de Sri Aurobindo, des premiers textes de Satprem,  il m’apparaissait évident que les expériences supramentales de Mère et de Sri Aurobindo (je ne parle pas de leurs expériences antérieures « personnelles »), étaient des expériences concernant le corps de la terre.

Je n’ai jamais compris la focalisation de Satprem sur le corps de Mère, notamment après le départ de cette dernière. Son attitude renouvelait à mes yeux une fétichisation classique du « corps sanctifié » que l’on retrouve dans les récits de saints. Il est évident pour qui suivait cette histoire dans le grand corps du monde que c’était celui-ci – le corps de la terre – qui était concerné par l’Expérience évolutive et que le départ de Mère n’allait certainement ni interrompre une expérience désormais universalisée à travers Elle, ni n’allait « se continuer » dans un autre corps ou d’autres corps « élus ».

Il y avait quelque chose de pathétique dans cette volonté d’accélérer à tous prix l’Expérience et on y retrouve un certain zèle « de la fin des temps », avec la trahison classique vis à vis des pharisiens de l’ashram et la fuite des purs avec « le vrai dépôt ». Ce scénario est très banal en anthropologie religieuse et typique de la ferveur messianique qui voudrait voir s’accomplir l’apocalypse « en accéléré » durant sa propre vie.

Sri Aurobindo qui était aux dires de Mère la figure axiale de cette manifestation- nous a laissé une autre vision plus large : il n’était pas question à ses yeux que la transformation supramentale, tout au moins dans sa manifestation matérielle soit accomplie durant sa vie ou celle de Mère. Leur incarnation et leur expérience terrestre commune ont créé et accéléré les conditions terrestre de cette transformation supramentale. Et Sri Aurobindo  considérait qu’il faudrait peut-être un siècle ou plusieurs centaines d’années pour qu’elle soit plénière.

J’ai toujours considéré pour ma part que la Nouvelle Conscience  était partout extraordinairement à l’oeuvre depuis les années 1880-1910 avec des accélérations fantastiques dans les années 50, 60, 70 du XXème siècle. Je le ressentais déjà dans mon adolescence et encore plus depuis mes études d’anthropologie et de sociologie du changement. Jamais nos sociétés humaines n’ont connu autant de bouleversements simultanés et convergents avec la particularité d’impacter simultanément de l’intérieur et de l’extérieur des milliards d’individus. Sans parler du chamboulement de la terre elle-même en tant que biotope depuis que nous sommes entrés dans l’anthropocène.

C’est pourquoi j’aime les textes majeurs de Sri Aurobindo : de la Vie Divine à Savitri. Ils incarnent une autre temporalité plus évolutionnaire, plus cosmologique mais pas moins radicale et profonde que la frénésie et l’impatience de certains qui reproduisent la tension apocalyptique des anciennes prophéties.

C’est un point de vue que nous partagions avec Gorges Van Vrekhem. Ce qui n’enlève rien au panache et à la magnifique intensité de Satprem.

Journal II – Le 3 Août 2018

Je suis toujours étonné de constater que la vision traditionnelle de la mort – spiritualiste ou athée – reste autant d’actualité. NDE, Au-delà, sortie du corps… d’un côté et dénégation pure et simple de l’autre…  Pourquoi ai-je l’impression que ce sont désormais des visions du passé ?

Pourquoi  pense-t-on la vie et la mort aujourd’hui comme si rien n’avait changé depuis des siècles ? Et surtout depuis quelques décennies ? Et si les catégories étaient à présent chamboulées ? Et si la mort elle-même était en train de muter ?

Et s’il s’était passé quelque chose d’inouï à Pondichéry dans les années 60… Un paramètre fondamental du réel qui a changé et ouvert une étrange et impossible et fantastique possibilité ?

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Je vais traiter cette question en quatre parties. Qui seront ensuite pour une part reprises et formulées pour le Manifeste évolutionnaire.

1 – On commence par un peu d’histoire qui risque déjà de frictionner un peu.

2 – Ensuite on évoquera le monde imaginal – le monde puissant des imaginaires symboliques – que notre espèce a construit depuis le début de son hominisation. Entre l’inconscient collectif de Jung et la Brahma Jyoti indienne. C’est dans ces univers que nous font voyager les substances, mais aussi les rituels et les jeûnes intensifs,  les transes et les états spirituels.

3 – Nous évoquerons ensuite de la révolution contemporaine de la mort : pour la première fois de l’histoire de l’humanité notre corps nous appartient et nous pouvons dès lors établir un nouveau rapport conscient et individuel à celle-ci. C’est l’amorce d’un effet domino extraordinaire et bouleversant que nous illustrerons.

4 – L’Expérience de Mère, le corps de la terre et la mutation de la Mort. Sauf pour ceux qui ne veulent pas le voir, Mère à évolué dans sa relation à la Mort. L’Agenda en témoigne. Quelque chose à changé. Pourquoi et comment faisons nous désormais partie de l’expérience ? Je pense, pour une raison que j’ignore, avoir quelques éléments sur la question. C’est pour cela que j’écris tout cela.

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Un peu d’intelligibilité et de socio-histoire…

Pour en parler, comme nous le faisons toujours par principe dans l’approche évolutionnaire nous remontons d’abord le fil de l’histoire.

On sait à présent que la mort – sa peur, sa terreur, ses souffrances – a donné lieu durant des millénaires à l’usage de psychotropes/opiacées dont notre espèce a usé et abusé pour apaiser et donner du sens à cet arrachement violent au monde des vivants et le transformer en passage rituel socialisé.

Durant des siècles les sociétés traditionnelles d’occident, comme les autres sociétés traditionnelles du monde – ont fonctionné avec des croyances collectives qui faisait de chacun une créature parmi les créatures sans distinction particulière. Alignées au temple, à la mosquée, à l’église ou face au fétiche en rangs conformes et dans une hiérarchie socialisée et validée par les pouvoirs unis du profane et du sacré.

Il n’était guère conseillé et pas sans risques de se distinguer de la norme par ses réflexions, ses idées, voir ses propos ! La liste est nombreuse de ceux qui ont payé le prix de la fitna (la division) ; d’Averroès à Spinoza, de Giordano Bruno à Michel Servet pour ne citer que ceux-ci parmi les milliers de héros auxquels nous devons la liberté.

L’obligation de la cohésion et de la solidarité collective imposait à tous une croyance mono-religieuse dogmatique sourcilleuse et forcément acceptée par tous. Avec pour la question de la mort un modèle inexpugnable : la sanctification du mourant, la toilette rituelle du mort, la cérémonie funéraire, la résurrection, le jugement, et en bout de trajectoire l’enfer ou le paradis.

Chacun gardait cependant un petit lot de consolation avec un petit tas de péché et une comptabilité scrupuleuse à régler avec sa conscience et le curé de la paroisse. La survie collective, les peurs collectives, les travaux collectifs… Et le salut géré collectivement ! Gare au trublion inspiré du démon qui par sa rupture du contrat collectif et ses idées agitées nuirait à l’agrément de Dieu et appellerait la foudre du Tout-Puissant sur la communauté ! On ne manquera jamais de finesse et de perversité sainte pour expulser le démon du corps et de l’esprit de l’hérétique !

Heureusement, d’abord comme un ruisseau souterrain puis comme une rivière qui fait front et enfin comme un  fleuve qui finit par emporter la digue on peut suivre de Ibn Tufail, à Cervantes, de Montaigne à la Réforme protestante, puis durant les Lumières la montée contrariée mais irrévocable de la légitimité du moi. Celui-ci ose, s’affirme et s’impose face aux croyances collectives. En 1789 cette affirmation de principe se trouve consolidée par le droit et devient une référence universelle.

Il n’est pas étonnant que les Lumières apparaissent quand les lampadaires à gaz commencent à éclairer les villes (l’Ecossais William Murdoch et le Français J.-P.Minckelers en 1792 créent les premières lampes à vocation industrielle). L’homme produit la lumière et transforme la nuit en se libérant en passant terreurs urbaines nocturnes. C’est une belle et terrible métaphore pour cette cette révolution qui sera bientôt suivie par l’électricité avec les inventions du russe Paul Jablochkoff  qui à partir de 1878 permettrons la généralisation de l’éclairage électrique public.

Il n’est pas anodin alors de voir apparaître une multitude de courants spiritualistes qui commencent à répondre à la question du salut individuel avec des connaissances jusqu’alors soit interdites soit exotiques. Tandis que la croyance conventionnelle de l’église se transforme de plus en plus en convention sociale le besoin de salut se déplace vers d’autres réponses et audaces.

Chaque salon, à Paris, à Londres, à Amsterdam, à St Petersbourg rivalise en originalité. Mesmer et ses baquets magnétiques est vite suivi d’une constellation d’aventuriers et d’originaux qui apportent matière à scandales, frissons, hérésies, et communications avec les esprits.  Le spiritisme vient à jour dans la lignée d’une théosophie chrétienne ésotérique dont il conserve l’armature morale et un évangélisme qui séduiront Victor Hugo et Tolstoï, tandis que dans la foulée arrive d’orient via la Russie la théosophie d’influence orientale et la réincarnation revisitée.

La version récente de la réincarnation en Europe, importée d’Inde par les théosophes entre les XVIII et XIXème siècle, est ré-adaptée comme une prolongation cyclique de soi et non plus une aspiration à la disparition du moi comme elle est d’usage en Inde, au Tibet… Une forme de darwinisme spirituel voit le jour…Ce qui n’est pas étonnant car le théosophisme (créé en 1875) est contemporain des grands débats darwinien (1859, première édition de l’Origine des Espèces).

Son importation en Europe a coïncidé avec l’avènement de l’individu bourgeois soucieux de son auto-survivance. Le ventre plein et rond des bourgeois et les flancs dodues de leurs dames, le compte en banque rempli de bons du trésor, les enfants assurant la préservation de la lignée, ils ne leur restent plus qu’à espérer le meilleur : se survivre individuellement et singulièrement – en tant que toujours eux-mêmes – dans l’autre monde et revenir de temps en temps en mieux tant qu’à faire !

Plus question de croire en d’absurdes contes de salut de masse, assorti de géhennes et de feu éternel, dont les sciences d’alors commençaient à démontrer les origines mésopotamiennes primitives. Non, c’est le souci de son soi singulier dont on pressent que la vocation est de se survivre et de se spiritualiser qui annonce sa révolution.  Et c’est de l’Orient mystérieux comme le déclame les francs-maçons qui sont alors à leur apogée que vient la lumière…

A cette aspiration de survie éternelle ponctuée de temps de béatitudes et de retours éducatifs réguliers la réincarnation allait convenir comme un gant.

A Suivre

 Texte repris et aménagé sur mon blog !

Journal II – 1er Août 2018

Magnifiques trouvailles sur le net, notamment la chaîne Youtube de  Richard Eggenberger. Des interviews, des lectures commentées de Savitri, des lectures de poètes, etc…

Egalement ces lectures de l’introduction  de la Génèse du Surhomme de Satprem.

Beau geste que ces lectures bienveillantes.

 

Yogi Besh Besh.

J’ai deux statuettes sur mon bureau. celle de Don Quichotte, d’un joli bois sculpté, achetée dans une brocante et une autre visible jusqu’à présent de moi seul : Yogi Besh Besh. D’ailleurs j’espère bien que cette dernière sera un jour visible et sculptée, voir même qu’elle se fera une petite célébrité parmi les nouvelles générations de figurines de super-héros conscients !

Yogi Besh Besh est mon mentor de vie, mon Daïmon, comme l’appelait Socrate. Il est omniprésent à mes cotés, comme une entité bien réelle, intense, communicative. J’aime son coté picaresque, bon vivant, mais aussi intensément réel et ne se payant pas de mots – entre Tarass Boulba et Nasruddine le Hoja, Alexis Zorba et Gurdjieff.

Depuis quelques temps notre relation s’intensifie. Yogi Besh Besh est engagé dans une aventure terrible qui met en jeu les temps présents et notre futur. Recouvrant plusieurs mondes et temporalités sa responsabilité a prit une dimension  particulière depuis la rupture de la Brêche par laquelle les Disssociés et leurs cohortes – héritiers des grandes traditions mystiques dualistes habités d’une foi et de prophéties apocalyptiques – ont commencé à faire irruption dans le noyau-coeur du Monde Imaginal de notre Univers.

L’énergie qu’ils commencent à puiser dans le Noyau Coeur leur permet de construire un Univers Simulacre : un Hypermonde parmi les hypermondes – sauf que celui-ci, puisant directement à la Source, est si puissant qu’il devient un attracteur de la réalité, capable de la déformer, de la subjuguer, de la modifier et d’en détourner le sens et la nature… Et donc de changer le Projet de notre Univers… Bref une longue histoire pleine de rebondissements, incroyablement actuelle, incarnée dans nos chairs, arrimée à nos peurs et nos espoirs : annonciatrice de l’avènement de notre humanité-univers.

Enfin bref, vous imaginez les faramineuses aventures, le feuilleté de chapitres au galop et la galerie de personnages.

 

Journal II – Le 31 Juillet 2018

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Plongés ces jours-ci dans les conceptions de stages/ateliers et outils de transmission. Donner du corps et irriguer d’inspiration les formats, les méthodes. Toujours garder l’inspir du coeur, le lien ombilical avec l’être psychique. Avancer dans une oraison constante du possible, une oraison synaptique et cellulaire, en dépit des pressions financières qui rôdent, en dépit des nos inerties et de nos limites. En dépit de tout. Surrender.

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Je réalise souvent à quel point la notion d’historicité, notre capacité à prendre le recul de l’histoire, de nous situer dans cette perspective à long terme, celle de notre généalogie et celle de l’aventure de notre espèce est une chose inouïe.

Le fait qu’individuellement aussi bien que collectivement nous puissions non seulement évoquer le passé – ce que faisaient nos anciens des cultures orales ou de l’histoire pré-scientifique – mais en remonter la pente, suivre les traces, reconstituer les chaines complexes de causalités, tenter l’effort continu de le reconstituer et de le faire revivre dans nos consciences est une sorte de disposition miraculeuse de l’esprit.

Ce qui est admirable c’est l’effort remarquable des écoles récentes d’histoire pour inscrire leurs travaux hors des strabismes nationalistes, en ouvrant des perspectives longues et poly-centrées, des regards croisés qui légitiment tous les points de vue, des vainqueurs comme des vaincus, de dominés comme des dominants, des états et des villes, des dynamiques populaires d’émancipation comme des sociétés aristocratiques et marchandes… Toujours dans une perspective  d’objectivité à parfaire, à améliorer, à préciser, à relativiser. Cette histoire fait de plus en plus le lien avec le paléolithique, la révolution néolithique les primo-humains… C’est vraiment remarquable.

Elle nous permet de préciser de plus en plus clairement les contextes de notre émergence technique, sociale et culturelle et renforce  notre lien phylo-ontologique qui nous permet de nous éprouver dans une communauté de destin non seulement contemporaine avec tous les humains et non humains d’aujourd’hui, mais aussi avec les milliards d’êtres dont nous sommes les continuateurs et dont nous actualisons les rêves.

Dans l’approche évolutionnaire, cet ancrage dans le phylum humain et son histoire est très important. Non seulement comme idée et principe mais comme ressenti et lien profond, osmotique, organique, cellulaire avec toutes nos lignées d’ancêtres hominidés et par ricochets jusqu’aux premières arborescences et aux premières pulsions de la vie protozoaire.

C’est cette plongée en profondeur dans le substrat de la vie et l’ancrage dans le phylum humain-vie-univers de notre corps que nous faisons résonner lors des méditations du lundi.

Il ne s’agit pas de principes vagues ou de sentiments d’empathie euphorique qu’on appelle généralement méditation. Il s’agit d’actualiser ce ressenti et ce lien organique et phylogénétique en commençant par évoquer et rendre hommage à tous ceux qui nous sont chers et qui ont quitté la scène du présent, au niveau familial, personnel, social, culturel, historique.

Ils restent présents en nous, nous habitent, nous construisent. Nous sommes une part de leurs rêves, de leurs espoirs et de leurs peurs. Un part de leur guérison et de leur accomplissement peut-être. Ce sont nos ancêtres, tous nos ancêtres. Ceux d’hier et de demain.

Sur la base de cette évocation pleine de souvenirs et d’émotions, on remonte la chaîne qui relie notre histoire à la grande boucle de l’histoire. On rend hommage à tous ceux qui l’ont innervé de leurs rêves dont nous portons les vieux codons dans les cryptes encore cachées des mémoires à venir.

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J’aime ressentir cet osmose organique avec l’univers et tous les miens dans tous les états. Ces visages inquiets de femmes et d’hommes et d’enfants dans les trains qui quittent Berlin pour Auschwitz, le froid des goulags qui écorchent les mains et le coeur des forçats, les villageois mayas dévorés par les chiens affamés des colons de la Couronne espagnole, Cervantès dans sa prison d’Alger attendant d’être racheté par une oeuvre charitable chrétienne, Nelson Mandela luttant contre l’usure du temps dans sa cellule en cultivant des menthes, la palestinienne qui hurle la perte de ses enfants pulvérisés par les bombes, les millions de mien(ne)s et de semblables brûlés par l’arbitraire des faits divers, qui se retrouvent brusquement dans les hôpitaux, sur les civières, dans la salle d’attente du tribunal, dans la cellule de la prison ou dans l’hébétude de la rue, chaque fois terriblement seul(e). Je me sens tellement uni dans cette solitude et cette froideur du temps qui écaille nos espoirs et nous attire tel un opium vers le vertige de la mort. Toute cette tragédie est présente quand je respire les romarins, embrasse les tournesols en fleur et mord dans les bourgeons du plaisir. Les temps et les visages sont tous réunis dans un feuilleté de co-présence à chaque instant en chacun de nous. Et tout cela tient dans chaque respiration.

Journal II – 28 Juillet 2018

« Il m’a été montré quelle est la forme céleste dans la sphère infime : elle était semblable à la forme des circonvolutions qui se présentent dans le cerveau humain. »
Swedenborg, traité des représentations et des correspondances.

Cette citation car je re-taquine la lecture de Dominique Aubier et sa troublante hypothèse de la corrélation organique, « intelligente » et  quasi osmotique entre le Cosmos et « notre modèle cortical ».

Enfin ce propos qui clôture l’ouvrage de Catherine et Daniel Favre « Naissance du quatrième type » :  » … Je ressens comme agréable et énergisant le fait de participer vivant et conscient à cette aventure qui donne sens à travers l’univers, la vie et la conscience, à chacun d’entre nous.  » 

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Moults décisions ont vu le jour aujourd’hui.
Un jour particulier.
Nous allons ouvrir une activité qui aura lieu deux samedi par mois chez nous à Rabat.

Les Ateliers du Yoga intégral évolutionnaire.
Lecture, échanges, pratiques, coaching, projets.
Assortis d’un buffet final de cuisine évolutionnaire. 

Le corollaire bien sûr c’est d’activer ce que nous appelons les « pratiques » :
Swaram, agenda de vie évolutionnaire…

Nous intercalerons les vendredi soir une lecture de Savitri. Pour ces lectures de Savitri nous mettons en place tout un dispositif dans la partie de ce site consacrée à cette épopée.

L’idée est de partir du point où nous sommes. De commencer là ou l’on est. J’ai appris dans mes différentes expériences que rien ne remplace l’audace de se lancer et de commencer quand l’intuition et la confiance sont là.

Même si les conditions matérielles ne sont pas idéales, même si on sent hésitant par scrupule ou perfectionnisme. Même si on voudrait encore se préparer mieux. Un moment tous ces scrupules ne sont que des « inhibiteurs ». Il faut y aller, quitter le port et prendre la mer, et avoir confiance dans la capacité à traverser les premières barres pour que s’ouvrent les portes du large.

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Intéressante découverte aujourd’hui du site de Divakar. De nombreux textes très intéressants, des témoignages sur Satprem, des chroniques…
Et une traduction audio et texte de Savitri ! Merci cher Divakar !

Journal II – 22 Juillet 2018

La vie humaine est soumise à la pression d’un Infini qui ne lui permettra jamais de s’attarder trop longtemps à aucune fomule.
Sri Aurobindo, le Cycle Humain. 

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J’ouvre ce deuxième volet du Journal évolutionnaire. Et nous allons l’utiliser comme lab de notre mise en place.

Ainsi verrons le jour…

– Le site évolutionnaire Swaram
– La rédaction du Manisfeste
– La conception des Ateliers
– Nos prospectus et communications.
– Les essais vidéos et podcast…

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Ecoute audio de Bernard Stiegler en fond sonore. Richesse sémantique.  Exhubérance et fertilité conceptuelle, générosité mais toujours ce coté pessimiste radical créatif et sympathique qui ne voit en l’humain qu’un vertébré supérieur porteur de néguentropie et de noodiversité.
Organes exo-somatiques. Extropiens. Société exosphérique. Lithosphère, biosphère, stratosphère. Technosphère. Anthropocène. 3 à 4 milliards de smartphone. Penser n’est pas calculer, mais bifurquer. Nooesis. Un peu trop sûr de lui et péremptoire. Extension progressive et généralisée du régime des intermittents du spectacle sous forme d’un revenu universel pour compenser la disparition des emplois suite à l’automation et la robotique.

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Les cinq mutations
Depuis quelques décennies nous assistons à une radicale transformation évolutive terrestre dans laquelle nous sommes tous embarqués. Cinq éléments de mutation sont au coeur de l’expérience que nous souhaitons partager :
1 – Cette transformation évolutive n’est pas transcendantale. Elle est matérielle dans le sens intégral et quantique du terme. Elle passe par notre rapport au corps et à la matière du monde. Elle dessine subrepticement une nouvelle relation intime à notre corps, aux autres, à la nature, au temps, à la mort, à l’univers…
2 – Elle est post-magique et post-religieuse, sans renier ces antériorités :  elle les intègre mais les dépasse toutes. Elle est post-spirituellesource d’autonomie et de liberté en dehors  de la tutelle des Maîtres et des Gourous. Elle nous invite à la maturité et la lucidité et ne s’inscrit pas dans le registre du new-âge, des révélations, ni des complots mondiaux.

 

3 – Elle s’invente et se fabrique dans le creuset intime de nos êtres, dans les incertitudes créatrices assumées de notre vie quotidienne. et même par l’angoisse collective qui est un de ses moteurs cachés.

4 – Cette transformation au niveau de nos personnes est concomitante à la mutation terrestre générale dont l’accélération est visible par tous ceux qui veulent la voir et la vivre. Cela concerne la lithosphère, la biosphère, la noosphère…Tout le biotope terrestre.

5 – Nous pouvons participer consciemment, activement et créativement à ce processus évolutionnaire global.

Ces constats, pour ceux qui ont l’esprit ouvert sont un fait d’évidence.

Mais alors comment faire corps avec cette mutation en cours ? Comment non seulement y adhérer mais contribuer à l’accélérer ?

Est-ce par la méditation ? Est-ce par un changement de nos valeurs ? Une ancienne ou une nouvelle voie spirituelle ? Elles ont toutes montré leurs limites.
Nous proposons une autre approche singulière et ouverte qui s’appuie à sur un éventail de pratiques cognitives, corporelles, énergétiques, socio-économiques, un art de vivre la mutation avec une boussole fondamentale : la faculté reine dont  l’univers a couronné notre espèce :  l’intelligibilité.