Savitri – 1 – Qu’est ce que Savitri ?

ô Satyavan, ô lumineuse Savitri,
(…) Je vous ai envoyés depuis des âges sous les étoiles
Pour faire descendre le Divin dans cette vapeur insensible,
et soulever les êtres terrestres vers l’immortalité. 
Sri Aurobindo, Savitri, Livre XI, Chant1

Savitri est une épopée cosmopoétique « mantrique », l’oeuvre majeure de Sri Aurobindo qui retrace, cartographie, scande, invoque, évoque l’aventure de la Conscience et son voyage à travers l’univers, la  matière et la mort…Tout en témoignant du travail de Sri Aurobindo et de Mère pour la « supramentalisation » de la terre.  Nous verrons le sens et le contenu de Savitri dans d’autres posts. Voyons d’abord le contexte.

L’histoire d’origine

Il est important de comprendre le contexte. L’histoire provient du  Mahabharata, le plus grand texte épique à la fois mythologique, mythique, spirituel de l’Inde. Avec plus de 200 000 vers c’est également la plus importante épopée écrite de l’histoire.

On trouvera des éléments sur le Mahabharata, traduction et commentaires  en français dans le site ci-dessous :

Histoire de Sâvitrî (Sâvitryupakhyânam)
Mahâbhârata, Livre III – 277 à 282.

Voici une petite synthèse :

1 – sous la forme d’un petit dessin animé indien de style conte « édifiant », tel qu’elle est inscrite dans l’imaginaire populaire hindou. 

2 –  Un petit texte en format conte.

Il était une fois une très belle princesse hindoue appelée Savitri. Elle était la fille d’un roi sage et puissant en Inde. La réputation de la grande beauté de Savitri avait fait le tour du pays et avait même traversé les frontières et elle avait beaucoup de prétendants, mais la princesse refusait de se marier, ou plutôt ne voulait pas qu’on lui choisisse un mari, comme la tradition l’exigeait. N’y tenant plus, un jour elle dit au roi son père, qu’elle voulait voyager à travers le monde et trouver son mari par elle-même. Car elle n’envisageait qu’un mariage d’amour et un mari choisi par elle.

Le roi consentit à la volonté de sa fille et la fit accompagner par les meilleurs guerriers pour la protéger. Ainsi la princesse Savitri voyagea dans tout le pays en quête d’ un prince digne de son amour et d’être son époux.

Un jour qu’elle arrivait dans la profondeur d’une forêt, elle remarqua un jeune homme. Il était le fils d’un roi désargenté qui avait perdu son royaume. Ce souverain dépourvu de trône était depuis lors devenu vieux et aveugle et vivait dans une petite hutte avec sa femme et son fils.

Le fils, qui était un beau jeune prince, était l’unique réconfort et soutien de ses parents. Il coupait du bois et le vendait dans la campagne, et avec l’argent récolté achetait de la nourriture pour ses parents.

Tous vivaient heureux et entourés d’amour dans la petite hutte. Savitri était fortement attirée vers eux et la quiétude de leur foyer et savait que sa recherche touchait à sa fin. Car elle était tombée amoureuse du jeune prince déchu, qui s’appelait Satyavan et était connu dans tout le pays pour sa générosité légendaire. Bien entendu le prince était lui aussi tombé amoureux de la belle et déterminée princesse, et qu’il voulait aussi ce mariage.

Le père de Savitri fut fortement abattu en apprenant que Savitri avait choisi un prince sans le sou. Mais sa fille était fermement décidée à épouser Satyavan. Alors le roi n’eut pas d’autre choix que d’accepter la chose. Or un prêtre informa le roi qu’une malédiction fatale avait été jetée sur le jeune prince : il était condamné à mourir dans un an. Le roi parla à sa fille de la malédiction et la pria de choisir quelqu’un d’autre, mais en vain, Savitri refusa et resta ferme dans sa détermination à épouser le prince qu’elle avait choisi. L’amour est le plus fort. Alors le cœur lourd, son père donna son accord.

Le mariage de Savitri et Satyavan fut célébré en grande pompe. Les festivités durèrent des jours. Puis le couple repartit vivre dans la petite hutte dans la forêt. Pendant une année entière, ils y vécurent heureux, et toujours de plus en plus amoureux l’un de l’autre. Vint je le dernier jour de l’année. Savitri s’était levée tôt et quand Satyavan prit sa hache pour aller dans la forêt trancher du bois, comme à son habitude, son épouse demanda à l’accompagner et main dans la main, les deux amoureux partirent ensemble dans la jungle.

Arrivés dans la jungle, Satyavan trouva un grand arbre. Dessous il installa un petit tapis de feuilles légères pour que sa belle soit assise confortablement et lui cueillit des fleurs pour en faire une couronne à mettre dans ses cheveux et une guirlande de fleurs pour parer son aimée et il alla couper le bois. Vers midi Satyavan se sentit un peu fatigué et après un moment il vint poser sa tête sur les genoux de Savitri pour se reposer. A cet instant, soudain, la forêt entière devint sombre et très vite Savitri vit une grande silhouette debout devant elle. C’était Yama, le Dieu de la mort. « Je suis venu pour chercher votre mari » dit Yama et il baissa les yeux vers Satyavan, et aussitôt l’âme du jeune homme quitta son corps.

Quand Yama fut sur le point de partir, Savitri, lui courut après et le supplia en pleurant de la prendre aussi avec lui et l’accompagner sur la terre des morts, ou bien si ce n’était pas possible de lui rendre la vie de Satyavan. Yama répondit, « mon enfant, ton tour n’est pas encore venu. Rentre chez toi. Savitri, suppliait, implorait tant et si bien que Yama lui dit qu’il était prêt à lui accorder n’importe quelle faveur à l’exception de celle qui consisterai à rendre la vie à Satyavan.

Savitri demanda alors, . »Dieu Yama, faites que j’ai de beaux fils » « Accordé » répondit Yama. Alors Savitri répliqua, « Mais comment puis-je avoir des fils sans Satyavan , mon mari ? J’ai besoin de lui pour cela. Alors je vous prie donc de lui rendre la vie. » Yama, piégé, ne pouvant faillir à sa parole dût alors céder. Un dieu ne revient jamais sur une faveur qu’il accorde. Le corps de Satyavan revint alors à la vie. Il se réveilla lentement de la stupeur où il était plongé et le couple repartit vers leur hutte où ils vivèrent heureux jusqu’à la fin de leur jour. Ils eurent des enfants et l’histoire de leur amour fit le tour de l’Inde et du monde…

L’amour de Savitri était si fort et sa détermination si puissante, qu’elle avait elle-même choisi un noble jeune homme pour mari, tout en sachant qu’il ne lui restait seulement qu’une année à vivre. Elle l’avait épousé en toute confiance malgré cette malédiction. Même Yama, le dieu de la mort dut s’incliner et saluer son amour et sa dévotion pour son mari…

Lecture de Savitri, de Sri Aurobindo – 1.1

Emboiter le pas à l’épopée Savitri.

Reprendre le fil, tenter un chemin de sens à travers cette fresque narrative tissée de mots et de feu par Sri Aurobindo. Un Poème arrachée à la moiteur et aux moustiques et à toutes sortes de hordes obscures inimaginables. Des vers scandés par les pas de la marche quotidienne au long de cette chambre de Pondichery, scandé jusqu’aux derniers jours et au derniers souffles. Un Poème thaumaturge pour forer le mur du temps et accompagner l’assomption du monde à venir.

Ces textes qui suivront seront une humble manière de rapporter la trame du mantra cosmo-poétique de Savitri à la traversée quotidienne du Réel d’aujourd’hui – déjà bien embourbé dans le Réel qui vient.  

Un point avant de commencer : je rappelle que nous ne sommes pas dans une perspective spiritualiste. Mais post-spirituelle. Il ne s’agit pas de commenter le poème spirituel d’un sage hindou, d’un Maître, d’un initié ou que sais-je.

Nous allons entrer dans un vortex exploratoire, un forage violent et visionnaire dans l’histoire de l’Espèce qui n’a pour comparaison que le trame dramatique et accélérée des évènements qui traversent quotidiennement nos esprits et nos corps.

Savitri doit être lu comme l’épopée de l’aventure de notre espèce. Une aventure dont la continuité s’écrit à travers nous tous à chaque instant. L’expérience de Sri Aurobindo et de Mère est devenue terrestre. Le Surmental* et ses simulacres se déploient dans l’avènement des hypermondes : celui des réalités augmentées et immersives. Mais ces hypermondes portent également les nouvelles configurations de nos plasticités cognitives. Ou se trouvera alors la frontière du Réel et du Simulacre ? A quel point imprévu de leur entrelacement surgira la Possibilité vraie ?

Nous allons commencer à zéro.
Redémarrer au pied de la montagne dorée.
1 – En posant le cadre, les documents, les références, les audios, les textes…
2 – En reprenant, commentant, actualisant la lecture du Poème depuis son début en lien avec notre quotidien, notre actualité, et l’horizon enfin visible du monde émergent. 

Et pour bien commencer nous allons le faire avec les premiers vers ourlés par la voix grave de Sharaddhavan.

Voir le site du Centre Savitri Bhavan et la page de Shraddhavan

 

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Lecture de Savitri, de Sri Aurobindo – 1.2

Je reprends le fil.

Je viens de récupérer des fichiers audio de lecture de Savitri que j’avais faite en français. C’était il y a quelques années…

Une bonne dizaine d’années lorsqu’avec Rachel nous habitions à Varilhes, en Ariège. Nous pratiquions toutes sortes de choses : exercices matinaux dans les bois, marches avec le mantra de Mère, toutes sortes de méditations…

J’ai bien conscience aujourd’hui que ne relirais pas du tout de la même manière !
On dirait de la lecture de l’Odyssée d’Homère !

Après la lecture de Shradhavan, mais aussi depuis que nous  avons un accès extraordinaire à tant d’autres versions audios de disciples et surtout de celles Mère… Et depuis que j’ai effectué un « braqué évolutionnaire »… je ne pourrais plus lire ainsi.

Savitri se lit par petite lampée. La lecture continue et rapide risque d’empiler, d’écraser de compacter le contenu de sens.

C’est pourquoi je vais reprendre la lecture audio de Savitri.

Mais autrement. Par petites goulées, afin de goûter toutes les nuances de sens. En croisant les lectures, les commentaires. Pour accueillir la puissance d’intelligibilité créatrice de ce Dieu parmi les Poèmes.

On doit, me semble-t-il, le considérer comme les hindous le font pour les grands textes fondateurs : comme une entité vivante, une divinité dans le sens ou il incarne une puissance créatrice.

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Vite, vite : le Premier Chant !

Chant Un
L’Aube symbolique

C’était l’heure avant l’éveil des Dieux.
Sur le chemin de l’Événement divin,
barrant la route,
L’énorme front de la Nuit, menaçant, seul
Dans son temple d’éternité sans lumière
Reposait immobile aux lisières du Silence.

Presque, on sentait, opaque, impénétrable,
Dans le sombre symbole de sa songerie sans yeux,
l’abîme de l’Infini sans corps:
Un zéro insondable occupait le monde.

 Je ne sais pas si on mesure le grandiose cosmologique de ce début. It was the hour before the Gods awake…C’était l’heure avant l’éveil des Dieux…

L’énorme front de la Nuit. 

Sa songerie sans yeux.

 

Et ce zéro insondable…
C’est d’une solennité  terrible. Franchement du frisson pur !

Pour entrer dans le sujet nous allons utiliser plusieurs ressources sur le web.
Ici cette  vidéo de Narad d’Auroville. Pour la beauté de la lecture de ce début Livre1, Chant 1.

Ici cette  vidéo de Narad avec Alok Pandey – que nous avons eu le plaisir de rencontrer à Pondichery –  comme petite mise en bouche.

Lecture de Savitri – 1.3

En préparant ce travail d’approche de Savitri je découvre un nombre extraordinaire de ressources de qualité sur le web. Principalement indiennes.

Voir par exemple le remarquable portail – une sorte de hub digital – par la Savitri Foundation.

Je constate que ces approches de Savitri sont très indiennes, presque toujours dévotionnelles. Elles sont cependant remarquables de connaissance approfondie du texte et de son contexte. Nombre de vidéos et d’audios sont des régals d’intelligence, de sagesse et d’érudition.

Mais cette approche, et je le dis avec tout le respect que je dois à leurs auteurs – d’autant que j’en connais certains – ne met pas assez en avant la dimension fantastique, cosmologique et « disruptive » de l’odyssée vers la post-humanité, les liens avec perplexités contemporaines et les prospectives inouïes qui s’ouvrent vertigineusement et quotidiennement sous nos pieds. Le lien avec la mutation supramentale qui advient sous nos yeux et en nous est assez vague.  

C’est le propre des grands textes que d’offrir une polysémie de lecture – édifiante, spirituelle, mythologique… Les indiens ont une disposition inépuisable pour ces formes d’exégèses spiritualistes. Mais ces approches traditionnelles ne peuvent enfermer Savitri et sa puissance d’intelligibilité évolutionnaire dans le mythe et la culture qui lui servent d’écrin.

Ce qui n’exclut pas une lecture/écoute en « résonance profonde » de Savitri et un respect à toutes les dimensions qui font vibrer ce texte. Mais cela n’empêche pas de l’aborder avec les audaces hétérodoxes d’aujourd’hui et de demain. Finalement, l’audace n’était-elle pas une qualité cardinale de Sri Aurobindo et de Mère ?

Lecture de Savitri – 1.4

Reprise du Chant 1 – le début à partir de la traduction et de l’audio de DIVAKAR.
Infinis remerciements pour son travail et le partage qu’il en fait gracieusement sur son site ! Il sera heureux espérons-nous de le voir utile et inspirant.

On peut cliquer droit sur les textes en ouvrant dans un autre onglet pour avoir sous les yeux le texte avec l’audio en fond.